Prix de transfert et TVA : ce qu’il faut retenir de l’arrêt Stellantis

L’arrêt Stellantis apporte des précisions importantes sur le traitement TVA des ajustements de prix de transfert. Découvrez dans quels cas ces ajustements peuvent être soumis à la TVA et quels flux intragroupe les groupes internationaux devraient examiner de plus près.

Dans son arrêt du 13 mai 2026, la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) s’est prononcée sur le traitement TVA d’ajustements de prix de transfert réalisés au sein d’un groupe international. L’affaire concernait des ajustements de fin d’année destinés à garantir au distributeur portugais (Stellantis) une marge bénéficiaire prédéterminée, que l’administration fiscale portugaise considérait comme la contrepartie de services soumis à la TVA.

La Cour rappelle qu’un ajustement de prix de transfert n’est pas, en lui-même, taxable à la TVA. Pour qu’une telle taxation soit possible, il doit exister une prestation identifiable et un lien direct entre cette prestation et le paiement effectué.

Cette décision confirme l’importance de distinguer la qualification des prix de transfert s’agissant des impôts directs de celle en matière de TVA et invite les groupes à examiner avec attention la nature réelle des flux intragroupes et leur documentation.

 

Contexte et décision

Dans l’affaire en cause, l’ajustement de fin d’année visait à garantir au distributeur portugais une marge prédéterminée conformément à la politique de prix de transfert du groupe. L’administration fiscale soutenait toutefois que cet ajustement constituait la rémunération de services de réparation rendus par le distributeur au profit des constructeurs.

En principe, un ajustement de prix de transfert ne constitue pas, par nature, une transaction intragroupe distincte donnant lieu à une prestation de services au sens de la TVA. Un ajustement de prix de transfert constitue généralement une correction globale du résultat visant à garantir le respect d'une marge cible conforme au principe de pleine concurrence.  

Dans le cas Stellantis, la Cour n’a pas suivi l’analyse de l’administration fiscale portugaise. Elle a considéré que l’ajustement de prix de transfert avait pour seul objectif de garantir au distributeur une marge conforme au principe de pleine concurrence et ne visait pas à rémunérer des services de réparation. La Cour a notamment relevé qu'aucun lien direct ne pouvait être établi entre l'ajustement de prix de transfert et une prestation identifiable.  

La CJUE en déduit qu’il n’existait ni prestation de services individualisables fournie aux fabricants, ni de rémunération en contrepartie d’un service déterminé.  

Ainsi, cet arrêt confirme qu’un ajustement de prix de transfert n’emporte pas de qualification automatique au regard de la TVA. Une analyse au cas par cas reste nécessaire.

 

Conclusion et point d’attention

L'arrêt Stellantis Portugal apporte une clarification bienvenue dans un domaine où les interactions entre prix de transfert et TVA suscitent régulièrement des interrogations.  

Pour les groupes internationaux, cette décision souligne l'importance d'intégrer l’analyse des enjeux des prix de transfert également en matière de TVA. En pratique, pour les modèles de distributeur à risque limité, il est recommandé de vérifier que la documentation intragroupe reflète clairement la nature des flux et l'objectif des ajustements opérés. Il convient également de s'assurer qu'aucune prestation identifiable ne peut être rattachée directement à ces ajustements, faute de quoi ceux-ci pourraient être requalifiés en contrepartie d'une prestation imposable au regard de la TVA.

Si l'arrêt limite le risque de requalification automatique en prestation de services, il ne met pas fin à toutes les questions. La Cour laisse notamment ouverte la possibilité d'examiner, selon les circonstances, si certains ajustements constituent une modification du prix des opérations initiales et peuvent, à ce titre, entraîner des conséquences en matière de TVA. La CJUE adopte ainsi une approche économique et fonctionnelle.

 

Nos recommandations

  • mettre en place ou revoir votre modèle d’affaires sous l’angle de la TVA et des prix de transfert.
  • documenter la nature des flux, la méthodologie de prix de transfert et les modalités des ajustements
  • analyser et évaluer l’impact de votre politique de prix de transfert en matière de TVA
  • identifier les zones de risque et sécuriser le modèle de prix de transfert
  • aligner les contrats intragroupes sur la documentation prix transfert ainsi que sur le traitement comptable des opérations

 

Comparatif avec l’arrêt Arcomet

 Arcomet (C‑726/23, 2025)Stellantis (C‑603/24, 2026)
Nature de l’analyseCas centré sur une relation contractuelle spécifiqueClarification plus générale sur les ajustements TP (pas, par nature, transactionnels)
Approche de principeAnalyse au cas par cas, sans règle généraleAffirmation d’une approche économique et fonctionnelle
Lien direct service / paiementPeut exister si flux corrélé à une prestation identifiableGénéralement absent dans les ajustements “target margin”
Qualification du fluxPossibilité de prestation de services taxableAjustement de prix global non taxable
Type d’ajustementAjustement pouvant être lié à une activité préciseAjustement de rentabilité globale (macro)
Vision économiquePeut refléter une rémunération de serviceVise surtout une allocation de résultat
Impact pour les groupesRisque TVA si service identifié par documentation TP ambiguë  Sécurisation des modèles de marge garantie
DocumentationDocumenter la transaction spécifiqueDocumenter le caractère global des ajustements

 

Auteurs : Edith Carla Toko, Nic Weber and Marie Huonder 

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