La pression financière des ménages met en lumière une nouvelle réalité de l’insolvabilité au Québec

La situation financière de nombreux ménages au Québec devient de plus en plus fragile, qui provient d’une accumulation progressive de pressions économiques. Selon Daniel Budd, leader des services d’insolvabilité et de restructuration chez Forvis Mazars à Montréal, la nature de l’insolvabilité personnelle a profondément changé au cours des dernières années.

Autrefois, les situations d’insolvabilité étaient souvent déclenchées par un événement précis. Il pouvait s’agir d’une perte d’emploi, d’un problème de santé ou d’un bouleversement familial. Aujourd’hui, la réalité est différente. Les difficultés financières s’installent lentement, à mesure que les dépenses augmentent plus rapidement que les revenus. 

Une pression budgétaire qui s’installe dans le temps

Les ménages font face à une hausse continue des coûts essentiels. Le logement, l’alimentation et les services publics pèsent de plus en plus lourd dans les budgets. Dans le même temps, les revenus n’évoluent pas au même rythme. Pour combler l’écart, plusieurs personnes se tournent vers le crédit afin de couvrir des dépenses courantes.

Cette situation crée une dynamique préoccupante. Le crédit ne sert plus à financer des projets, mais à répondre à des besoins de base. Lorsqu’il n’y a pas assez de liquidités pour absorber les hausses de coûts, le crédit devient une solution temporaire. À long terme, il accentue toutefois la vulnérabilité financière.

Daniel Budd souligne que cette dépendance place de nombreux ménages dans une position délicate, les dépenses essentielles sont alors payées à l’aide de crédit plutôt qu’avec le revenu régulier. Cela réduit la marge de manœuvre et augmente le risque d’endettement excessif.

Le coût de la vie, un facteur déterminant

Parmi les postes budgétaires les plus touchés, l’alimentation occupe une place centrale. Daniel Budd observe une hausse marquée des dépenses d’épicerie au fil des années.

Il y a une dizaine d’années, un budget mensuel d’environ 800 dollars pour nourrir une famille de quatre personnes était courant. Aujourd’hui, ce même budget se situe plutôt autour de 2 000 dollars par mois, et parfois davantage. Les revenus des ménages n’ont pas doublé sur la même période et ce décalage crée une pression directe sur les finances.

Les ménages doivent alors faire des choix difficiles, ils arbitrent entre le paiement de l’hypothèque, l’épicerie et les autres dépenses essentielles. Lorsque ces choix se répètent mois après mois, le risque de se retrouver en situation d’insolvabilité augmente.

Une hausse des insolvabilités et un profil qui évolue

Daniel Budd constate une augmentation notable des dossiers d’insolvabilité personnelle au cours de la dernière année. Après une période marquée par les difficultés des petites et moyennes entreprises, les effets se font maintenant sentir chez les particuliers.

Lorsque les entreprises ralentissent, elles réduisent leurs investissements et leur capacité à verser des revenus, cela a un impact direct sur les ménages. La baisse du pouvoir d’achat entraîne une diminution des dépenses et contribue à l’augmentation des insolvabilités personnelles.

Le profil des personnes touchées évolue également. L’insolvabilité ne concerne plus uniquement les ménages à faible revenu. De plus en plus de personnes issues de la classe moyenne sont concernées. Il s’agit de travailleurs ayant des emplois stables et des revenus confortables, mais qui n’arrivent plus à équilibrer leur budget.

Daniel Budd note aussi une hausse des montants en jeu. Les dettes sont plus élevées, tout comme les actifs. Chez les entrepreneurs et les dirigeants, les garanties personnelles jouent un rôle de plus en plus important dans les situations d’insolvabilité.

L’importance de consulter tôt

Pour les personnes qui sentent que leur situation financière se détériore, Daniel Budd insiste sur l’importance d’agir rapidement. Beaucoup attendent trop longtemps, pensant que la faillite est la seule option possible.

Les syndics autorisés en insolvabilité offrent des consultations gratuites et ces rencontres permettent d’analyser l’ensemble de la situation financière. Les revenus, les dépenses, les actifs et les dettes sont examinés de façon globale, le contexte personnel est également pris en compte.

Dans de nombreux cas, des solutions peuvent être envisagées sans recourir à une procédure formelle. Une révision du budget, des pistes pour augmenter les revenus ou l’accès à des ressources communautaires peuvent parfois suffire à stabiliser la situation.

Selon Daniel Budd, plus la discussion a lieu tôt, plus les options sont nombreuses. L’objectif est d’aider les personnes à reprendre le contrôle avant que la situation ne devienne ingérable.

Des signes de prudence chez les consommateurs

Néanmoins, un élément plus encourageant ressort, Daniel Budd observe un certain resserrement des habitudes de consommation avec les dépenses discrétionnaires qui semblent avoir été plus contrôlées.

De son expérience, il y a eu moins de dossiers liés à un endettement excessif après la période des Fêtes. En effet, les ménages semblent faire preuve de davantage de prudence. Cela constitue un signal positif dans un contexte économique encore tendu.

Une pression durable sur les ménages

Malgré ces signes, les défis demeurent importants. Le coût de la vie continue d’augmenter et les revenus restent sous pression. L’endettement accumulé au fil du temps limite la capacité des ménages à absorber de nouveaux chocs.

Pour Daniel Budd, l’insolvabilité d’aujourd’hui reflète une réalité économique plus large. Elle n’est plus le résultat d’un événement isolé mais elle découle d’un écart persistant entre les revenus et le coût réel de la vie. 

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