Taxes indirectes : un enjeu stratégique encore trop sous-estimé par les entreprises

Les taxes indirectes sont souvent perçues comme une simple formalité administrative. Pourtant, dans la pratique, elles représentent l’un des risques fiscaux les plus sous-estimés pour les entreprises.
Malak Hassan, leader de la pratique de taxes indirectes, accompagne régulièrement des entreprises lors de vérifications fiscales, de transactions et de restructurations. Elle partage ici les enjeux qu’elle observe le plus souvent sur le terrain.

Qu’entend-on exactement par taxes indirectes ?

Les taxes indirectes sont des prélèvements qui ne portent pas directement sur le revenu, mais sur des transactions spécifiques comme la consommation, la vente ou l'importation de biens et de services. Au Canada, les exemples les plus courants sont la Taxe sur les produits et services (TPS), la Taxe de vente harmonisée (TVH), la Taxe de vente du Québec (TVQ), ainsi que certaines taxes de vente provinciales, des droits d'accise et des droits de douane.

1778079563577.jpg

Pourquoi les taxes indirectes sont-elles souvent perçues comme un simple enjeu administratif ?

Selon Malak, cette perception provient du fait que les entreprises traitent souvent les taxes comme un processus répétitif et fortement standardisé : « Beaucoup d'entreprises considèrent la gestion des taxes indirectes comme une routine administrative : facturation, perception, production des déclarations et remise ».

Cependant, cette approche simpliste masque un cadre législatif en réalité très technique. Elle rappelle que « les taxes indirectes sont régies par des règles législatives complexes, comportant de nombreuses exceptions et impliquant notamment une qualification des transactions ainsi qu’une analyse rigoureuse de la documentation et des règles applicables».

Cette complexité devient souvent évidente lors d'une vérification effectuée par les autorités fiscales, moment où les entreprises réalisent que les règles sont bien plus exigeantes qu'elles ne le pensaient. Une seule erreur peut alors entraîner des coûts importants, notamment en raison des intérêts et des pénalités qui s'accumulent rapidement.

Elle souligne également que la responsabilité en matière de taxes indirectes ne repose pas uniquement sur l'entreprise elle-même. Dans certaines circonstances, les administrateurs peuvent également être tenus pour responsables.

Pourquoi les erreurs en taxes indirectes passent-elles souvent inaperçues dans les entreprises ?

Ces erreurs passent souvent inaperçues, car les entreprises s’appuient sur des habitudes et des processus internes ancrés depuis longtemps. Comme l'explique Malak, « il existe une certaine automatisation des processus, mais surtout une tendance à reproduire mécaniquement les mêmes pratiques internes sans toujours les réévaluer. Cette logique repose souvent sur un raisonnement implicite : “Nous avons toujours fait cela ainsi.” »

Or, ces pratiques ne sont pas systématiquement remises en question, même lorsque le cadre réglementaire évolue. Elle souligne également que « plusieurs règles ont été modifiées au cours des dernières années, sans que les entreprises en soient toujours conscientes, ce qui crée un risque latent ».

Comment de petites erreurs peuvent-elles finir par coûter très cher ?

Une erreur qui semble mineure au départ peut rapidement prendre de l’ampleur, tant au niveau de la TPS/TVH que de la TVQ. « Les intérêts composés quotidiennement, tant au niveau fédéral qu’au Québec, peuvent rapidement faire grimper le coût total », explique Malak.

À cela peuvent s'ajouter des pénalités parfois importantes. Au Québec, les pénalités liées à la TVQ peuvent atteindre 15 %, dans certains cas. Le point le plus critique est que, contrairement à la taxe elle-même, les pénalités et les intérêts ne peuvent généralement pas être récupérés auprès des clients. Ils doivent être entièrement absorbés par l'entreprise, affectant directement sa rentabilité.
 

1778079634443.jpg

 

Pourquoi les entreprises en croissance sont-elles plus vulnérables ?

En période de croissance, les décisions doivent souvent être prises rapidement et l’analyse des taxes indirectes est souvent repoussée à plus tard. Pourtant, ces enjeux devraient être pris en compte dès le départ, car ils peuvent avoir des incidences financières importantes.

Comme le souligne Malak, « les organisations ont souvent le réflexe d'analyser en amont les conséquences liées à l'impôt, alors que les enjeux liés aux taxes indirectes sont plus souvent examinés dans un second temps ».

Pourquoi est-il important d’adopter une approche proactive en matière de taxes indirectes ?

Pour Malak, il est essentiel de ne pas considérer les taxes indirectes comme une simple formalité administrative. « Les taxes indirectes ne sont pas qu’une question de conformité ; elles ont également une incidence directe sur la trésorerie et la performance de l’entreprise.»

Elle souligne également que « de nombreuses entreprises laissent passer des montants qu’elles pourraient récupérer, simplement parce qu’elles ignorent les différentes possibilités de réclamation qui s’offrent à elles. »

Plus d’infos ?