Vins et spiritueux en Nouvelle-Aquitaine : comprendre les enjeux d’une filière en mutation

Présent en Nouvelle-Aquitaine depuis plus de 10 ans, Forvis Mazars y possède trois bureaux, qui rassemblent 190 professionnels, à Bordeaux, Anglet et Benesse-Maremme, et déploie ses expertises au service des PME et ETI de la région. A la tête de cette entité régionale, David Couturier revient sur les enjeux et défis auxquels doivent faire face les acteurs de la filière vitivinicole, qui forment l’un des écosystèmes phares du territoire.

Comment caractériser les difficultés que connaissent aujourd’hui les acteurs de l’industrie des vins et spiritueux ?

La filière est aujourd’hui clairement en crise, mais cette situation n’est pas propre au terroir bordelais. Malgré un rebond pendant la période du Covid, la consommation de vin est en baisse régulière depuis plusieurs années, en France et dans le monde. Toutes les régions productrices sont touchées, à des degrés divers. Il apparaît clairement que le vin est aujourd’hui progressivement délaissé notamment par les jeunes générations, qui consomment moins d’alcool ou privilégient par exemple la bière ou les cocktails. Cette situation a été accentuée ces dernières années sur le terroir bordelais par le Bordeaux-Bashing.

Est venue s’ajouter à cette diminution de la consommation une hausse de taux d’intérêt, qui a eu pour effets de renchérir le coût de la dette, de peser sur la rentabilité et donc de réduire la capacité à porter des stocks.  

Par ailleurs, l’impact des taxes, américaines en particulier, et la contraction de l’économie chinoise, avec une réduction de 21% des exportations de vin en 2024, ont également des conséquences fortes sur l’activité de la filière.

Bordeaux est bien évidemment touché au premier chef par la conjonction de ces différents facteurs. Cette situation touche l’ensemble de la filière bordelaise à des degrés variés mais les grands crus qui étaient épargnés par les difficultés de marché rencontrées depuis quelques années par les bordeaux d’entrée de gamme, sont désormais impactés après les difficultés rencontrées lors deux dernières campagnes primeurs.

 

Quelles sont aujourd’hui les conséquences concrètes pour les acteurs de la filière ?

C’est l’ensemble du modèle bordelais, fondé sur les négociants, qui est aujourd’hui mis en danger. En période d’expansion, ce modèle est un atout considérable, car la multiplication du nombre de négociants permet de disposer d’une force de frappe commerciale très importante capable de rayonner dans le monde entier. Mais lorsque l’activité se contracte, ces négociants achètent moins, moins cher et à moins de producteurs. C’est alors l’ensemble de la filière qui est en difficulté. A titre d’exemple, 265 défaillances ont été enregistrées en 2024 dans le vignoble bordelais, sur un total de 7 000 entreprises et de 30 000 salariés.

Pour rétablir, l’équilibre entre l’offre et la demande, c’est 18 % du vignoble bordelais qui est arraché.

Autre spécificité locale remise en cause, le système des primeurs, qui permettait aux producteurs de recevoir des avances de trésorerie avant la vente. Il est aujourd’hui difficile à remplacer, particulièrement à un moment où les banques sont très réticentes à prêter. Cela fragilise l’ensemble de l’écosystème.

 

Existe-il toutefois des espoirs de sortie de crise ?

Il existe bien sûr des raisons d’espérer. La première tient au terroir et au savoir-faire régionaux, qui restent les meilleurs au monde. Ils permettent de produire de nouvelles boissons, mieux adaptées aux souhaits des consommateurs, avec un meilleur rapport qualité-prix. Cette capacité à se reconvertir, à commercialiser et à capitaliser sur ce qui marche (les pétillants ou les vins blancs) est une vraie force.

Certains marchés internationaux peuvent aussi être explorés, en dehors des Etats-Unis et de la Chine. Je pense en particulier, à l’Amérique latine ou à certains pays africains.

Enfin, de manière mécanique, les arrachages massifs qui ont eu lieu devraient, selon les experts, permettre de rééquilibrer, à moyen terme, l’offre et la demande.  

 

Pouvez-vous évoquer le cas du Cognac, qui est également l’un des fleurons de la production de spiritueux dans la région ?

Le Cognac connaît également une crise, mais elle n’est pas due à un déficit d’appétence pour le produit. Les facteurs en sont exogènes et ne pouvaient être prévus. Le premier tient aux tensions commerciales en l’Europe et la Chine, qui ont entraîné des mesures protectionnistes de la part du gouvernement chinois, avec, à la clé, une hausse de 25% des prix de transfert, et une perte de marge significative pour les producteurs. Le second est très directement lié aux droits de douanes nouvellement imposés par l’administration américaine, et se traduit également par des hausses de prix à l’export.

Cependant, les grandes maisons de Cognac sont des entreprises solides, adossées à de grands groupes et en nombre assez réduit. La situation est donc beaucoup plus maîtrisable que celle des vins de Bordeaux.

 

Dans ce contexte, comment Forvis Mazars accompagne-t-il ses clients de la filière, pour les aider à traverser la crise ?

Chez Forvis Mazars, notre accompagnement en Nouvelle-Aquitaine s’appuie sur une proximité réelle avec les dirigeants et une connaissance fine des enjeux locaux. Nous mobilisions bien sûr sur les compétences de nos professionnels pour proposer des solutions sur-mesure dans tous les domaines qui composent l’offre de Forvis Mazars en France.

Nos services incluent notamment l’audit financier, l’expertise comptable et le conseil. Mais au-delà de ces métiers traditionnels, nous mettons à profit notre expertise régionale pour aider les acteurs des vins et spiritueux dans leurs réflexions de réorganisation de la filière, qu’il s’agisse de nouveaux investissements ou de processus de concentration. Nous avons aussi les moyens et les ressources pour les accompagner dans leur développement international et leur volonté de compléter leur gamme de produits en allant investir dans d’autres régions du monde. Nous les aidons par exemple à ouvrir de nouveaux bureaux à l’étranger ou à opérer des transactions sur de nouveaux marchés.

En outre, notre force réside dans notre ancrage territorial, renforcé récemment par l’ouverture de notre bureau à Anglet, suite à l’intégration d’Arrijuria.  Cette opération nous permet d’être au plus près des acteurs économiques du Pays basque et du Sud-Ouest, et d’apporter un accompagnement personnalisé, tout en tenant compte des spécificités locales et des enjeux de transformation. Avec désormais trois bureaux en Nouvelle-Aquitaine et 190 collaborateurs, nous accompagnons les dirigeants dans tous leurs projets de développement, qu’il s’agisse de réorganisation, de croissance externe, d’internationalisation ou d’adaptation aux évolutions réglementaires et technologiques.

 

Je suis convaincu que la réussite des PME et ETI repose sur une approche pluridisciplinaire et collaborative, portée par des équipes qui connaissent le tissu économique régional et qui bénéficient de la force du réseau international Forvis Mazars. Cette alliance entre expertise locale et vision globale nous permet d’apporter des solutions concrètes et innovantes, adaptées aux enjeux de chaque entreprise.

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