Data centers : concilier expansion numérique et sobriété environnementale

En 2025, la France compte près de 300 data centers, ce qui classe le pays sixième au niveau mondial et à la troisième place en Europe, derrière l’Allemagne et le Royaume-Uni. Les data centers collectent, traitent et stockent des volumes massifs de données indispensables aux services numériques du quotidien : données des entreprises, réseaux sociaux, streaming, services en ligne, e-commerce, etc. Avec l’essor de l’intelligence artificielle, la demande mondiale pour ces infrastructures a significativement augmenté, faisant des data centers des actifs immobiliers très prisés.
L’essor de la demande dans ce secteur du marché immobilier soulève des questions majeures concernant l’emplacement et la maîtrise du foncier pour les opérateurs et les investisseurs. En effet, en tant qu’actifs immobiliers, les data centers requièrent d’importantes surfaces de terrain, tout en offrant peu de flexibilité pour diversifier les fonctions ou transformer les usages. Outre les contraintes foncières et immobilières, les dimensions énergétiques et l’impact carbone suscitent des préoccupations croissantes chez les régulateurs et parmi la société civile.
Comment répondre à une demande croissante tout en respectant les impératifs de sobriété énergétique et foncière ?

Article écrit par Clémence Boullard

Une demande en forte croissance, à l’échelle mondiale et nationale

Entre 2018 et 2025, le volume mondial de données a été multiplié par six[1]. Cette progression résulte de transformations majeures dans l’usage des technologies : essor du streaming, adoption croissante de l’intelligence artificielle et de la 5G et externalisation des données vers le cloud, tant par les particuliers que par les entreprises. Ces usages exigent un accès immédiat et continu aux données, renforçant ainsi l’importance des infrastructures numériques.

Les transformations des pratiques professionnelles et de la vie quotidienne accentuent cette dynamique, en particulier avec l’essor de l’IA. En 2025, 64 millions d’utilisateurs supplémentaires ont été recensés et 78 % des organisations utilisent désormais l’IA, contre 55 % en 2024[2]. Cette accélération technologique amplifie considérablement les besoins en capacité de traitement, de stockage et de circulation des données.

Face à cette forte hausse, les principaux acteurs du secteur prévoient d’investir massivement entre 2024 et 2030, avec des montants estimés à 1 800 milliards de dollars[3]. En France, le nombre de data centers a fortement augmenté sur l’ensemble du territoire, et particulièrement en Île-de-France qui concentre désormais plus d’un tiers de ces installations. Cette répartition géographique tend à accentuer la tension sur le foncier industriel et tertiaire. Les terrains adaptés à l’installation de telles infrastructures deviennent de plus en plus rares et, de fait, prisés par les acteurs, notamment immobiliers, positionnés sur ce marché.

 

Un impact énergétique et environnemental en forte augmentation

Face à l’essor de la numérisation et la multiplication des besoins en traitement de données, les data centers voient leur impact énergétique et environnemental croître. Leur expansion se heurte aujourd’hui à plusieurs contraintes majeures : une consommation d’énergie et d’eau en forte augmentation, une pression croissante sur les réseaux électriques ainsi qu’une raréfaction du foncier disponible pour accueillir ces installations.

Selon l’Agence Internationale de l’Énergie, les data centers ont consommé environ 415 TWh d’électricité en 2024, représentant près de 1,5 % de la consommation électrique mondiale. Cette consommation pourrait atteindre 945 TWh d’ici 2030[4], soit jusqu’à 3 % de la demande mondiale et être accélérée par la démocratisation de l’intelligence artificielle générative. En matière d’émission de gaz à effet de serre, les data centers atteindraient entre 630 et 920 millions de tonnes équivalent CO2 (MtCOzeq) en 2030, soit une augmentation de 9 % par an.

Enfin, l’implantation de data centers dépend de facteurs fonciers, techniques, environnementaux et réglementaires qui conditionnent la faisabilité et la rapidité de mise en service des projets. Au-delà de l’empreinte énergétique, les data centers mobilisent d’importantes surfaces foncières en comparaison du faible nombre d’emploi qu’ils génèrent. Leur installation soulève ainsi des enjeux d’acceptabilité auprès des acteurs de l’aménagement du territoire, notamment dans les zones urbaines denses, en proie à des conflits autour de l’usage des sols.

De plus, ces infrastructures doivent se conformer aux exigences de l’objectif Zéro Artificialisation Net (ZAN), fixé par la Loi Climat et Résilience, et s’inscrire dans les Plans Locaux d’Urbanisme (PLU). À ces obligations s’ajoutent des contraintes techniques, comme la nécessité d’être proches de lignes électriques à haute ou moyenne tension et de réseaux de fibre optique performants, tout en évitant des secteurs où les infrastructures énergétiques sont déjà fortement sollicitées.

 

Les leviers pour concilier croissance et sobriété

Face à ces multiples défis, les acteurs du secteur s’engagent progressivement dans une transition visant à concilier performance et sobriété environnementale. Ces adaptations et innovations reflètent une volonté de sécuriser ces installations, dont le caractère stratégique et difficilement réversible est de plus en plus intégré par les acteurs, y compris ceux relevant de la sphère publique et garants de l’équilibre territorial.

L’évolution des modèles de propriété appliqués aux data centers témoigne de cette dynamique, notamment à travers des montages de dissociation entre le foncier et le bâti, fondés sur des dispositifs de portage à long terme. Une première piste consiste à réduire l’utilisation d’énergies carbonées et à accroître la part des énergies renouvelables pour alimenter les infrastructures. Aujourd’hui, l’électricité verte représente 27 % de la consommation du secteur, avec un objectif de 50 % d’ici 2030[5].

Certains opérateurs ont déjà initié des démarches structurantes pour limiter leur impact climatique (acquisition de certificats d’énergie renouvelable, signature de contrats d’achat d’électricité auprès de fournisseurs d’énergie verte, valorisation de la chaleur fatale et recours à des  innovations technologiques visant à diminuer la consommation énergétique). Enfin, pour répondre aux tensions croissantes en matière de foncier et de raccordement aux réseaux haute et moyenne tension, des solutions innovantes émergent telles que les offres « Powered Land ». Ces terrains pré‑raccordés, développés en coordination avec les gestionnaires de réseau et les collectivités, permettent de réduire les délais de mise en service, de sécuriser les approvisionnements énergétiques et d’accélérer le déploiement de projets stratégiques.

 

[1] Les Échos. (décembre 2025). La France, nouvel eldorado des data centers ?

La France, nouvel eldorado des data centers ? | Les Echos

[2] Forbes France. (juin 2025). IA : les statistiques marquantes à retenir en 2025.

IA : les statistiques marquantes à retenir en 2025 - Forbes France

[3] Agence internationale de l’énergie (AIE). Demande énergétique provenant de l’IA – Énergie et IA – Analyse.

Demande énergétique provenant de l’IA – Énergie et IA – Analyse - AIE

[4] GD Robotique. (octobre 2025). Intelligence artificielle, données, calculs : quelles infrastructures dans un monde décarboné ?

GD_ROBOTIQUE_215364_Intelligence_artificielle,_donnees,_calculs_quelles_infrastructures_dans_un_monde_decarbone.pdfEnergy supply for AI – Energy and AI, 2025.

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