Avis d'expert | Avenir de l'exercice coordonné

Mars 2025 | L'exercice coordonné a connu ces dernières années une évolution significative, portée par des structures telles que les maisons de santé pluridisciplinaires (MSP), les communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS) et les équipes de soins primaires (ESP). Toutefois, la mise en œuvre effective de cette coordination entre professionnels de santé reste un défi.
Dans un contexte marqué par la complexité administrative, la pression financière et les attentes croissantes des patients, il est nécessaire d’adopter une approche pragmatique, centrée sur des solutions organisationnelles et technologiques adaptées aux réalités du terrain.

Alors que l’année 2025 devrait voir l’aboutissement du plan « 100 % CPTS » et préciser le cadre règlementaire des MSP et ESP, Forvis Mazars - partenaire des acteurs et professionnels au sein des structures - partage ici sa réflexion concernant les défis, les solutions et les perspectives autour de l'exercice coordonné.

L'exercice coordonné face aux défis de l’innovation

Les MSP et les CPTS constituent encore aujourd’hui les leviers essentiels pour structurer une offre de soins cohérente et accessible. Cependant, la diversité des modèles et des pratiques génère des disparités, rendant l’adoption de solutions harmonisées plus difficile.

L’un des principaux obstacles réside dans la gestion d’activités non médicales : pilotage de projet, organisation du travail collectif, ou encore intégration de nouvelles pratiques numériques. La formation à ces aspects reste partielle, ce qui freine l’adhésion des professionnels aux dispositifs.

De plus, la démographie médicale, les contraintes budgétaires et l’évolution des attentes sociétales imposent d’adapter les modèles d’exercice en soutenant une fois de plus la coordination et le recentrage du temps médical auprès des patients.

Il ne s’agit plus seulement de renforcer la collaboration entre soignants, mais aussi de bâtir un cadre souple et incitatif, favorisant l’efficience et l’attractivité des structures.

La coordination, augmentée grâce aux outils et à l’organisation

L’une des pistes les plus prometteuses repose sur une coordination augmentée, s’appuyant sur l’intégration d’outils numériques et d’approches organisationnelles éprouvées. Les solutions incluent :

  • L’utilisation de logiciels partagés, pour faciliter la transmission d’informations et améliorer le suivi des patients.
  • La téléconsultation et la téléexpertise, qui permettent d’optimiser le temps médical disponible et de réduire l’isolement professionnel.
  • Les plateformes collaboratives, qui fluidifient les échanges et améliorent la réactivité des équipes face aux besoins des patients.

Toutefois, l’adoption de ces solutions nécessite un accompagnement adapté, prenant en compte la diversité des pratiques et des niveaux d’aisance avec les outils numériques.

Il ne suffit pas de mettre des outils à disposition : il faut veiller à leur appropriation et à leur intégration dans les habitudes de travail.

Un modèle économique à ajuster pour garantir la pérennité

L’un des défis majeurs reste la valorisation du temps consacré à la coordination et à la gestion des structures. Si des dispositifs comme les Accords conventionnels interprofessionnels (ACI) permettent de financer en partie ces activités, ils sont parfois perçus comme contraignants ou restant à adapter davantage aux besoins opérationnels.

Les professionnels expriment le besoin de modèles plus flexibles, permettant de sécuriser leurs engagements tout en laissant place à l’initiative et à l’adaptation locale. Plusieurs solutions peuvent être envisagées :

  • Une reconnaissance du temps non clinique dans les financements, pour inciter les praticiens à s’impliquer sans sacrifier leur activité principale.
  • Des dispositifs incitatifs simplifiés, facilitant l’accès aux aides et limitant la charge administrative.
  • Des partenariats avec des acteurs privés, pour déléguer certaines tâches organisationnelles et dégager du temps médical.

Le recours à un appui extérieur expert, qu’il s’agisse de services administratifs, d’outils numériques ou de plateformes techniques, peut constituer une alternative efficace, à condition que ces solutions s’intègrent dans un cadre garantissant l’autonomie des soignants.

Une transformation culturelle nécessaire pour un exercice coordonné durable

Si les outils et les financements sont des leviers indispensables, ils ne suffisent pas à faire évoluer durablement les pratiques. L’une des clés réside dans l’accompagnement au changement et la structuration progressive des collectifs de soins.

Le développement de nouvelles formes de consultations, comme le télésoin ou la téléexpertise, ouvre la voie à une approche plus fluide et décloisonnée des parcours de soins.

Il est donc essentiel d’encourager une dynamique d’apprentissage entre pairs, de favoriser les échanges de bonnes pratiques et de proposer des parcours de formation adaptés aux spécificités de l’exercice libéral.

Ces évolutions nécessitent un cadre réglementaire adapté, mais surtout une appropriation progressive par les professionnels eux-mêmes.

Une coordination augmentée : entre pragmatisme et vision stratégique

L’avenir de l’exercice coordonné ne repose pas uniquement sur des réformes réglementaires ou des dispositifs incitatifs. Il s’agit avant tout d’une transformation progressive, alliant :

  •  Une approche réaliste des contraintes du terrain, prenant en compte la charge de travail des professionnels et leurs priorités.
  • Un soutien méthodologique et technologique, permettant de simplifier les démarches et d’optimiser les organisations.
  • Une valorisation des initiatives locales, qui jouent un rôle clé dans l’innovation et l’adaptation aux besoins des territoires.

L’accompagnement des professionnels dans cette transition est essentiel. L’enjeu est de bâtir des modèles d’exercice coordonné pragmatiques et pérennes, en trouvant un équilibre entre autonomie professionnelle et organisation collective.

Plutôt que d’imposer des solutions standardisées, il est nécessaire d’adopter une approche sur mesure, tenant compte des réalités locales et des spécificités de chaque structure. Cela passe par :

  • Une analyse fine des besoins des professionnels, afin d’identifier les freins et leviers d’action adaptés à chaque territoire.
  • Un accompagnement à la mise en place de nouveaux modèles d’organisation, facilitant la transition sans alourdir la charge des soignants.
  • Une approche intégrée de la transformation numérique, en veillant à ce que les outils mis en place soient réellement utiles et acceptés par les utilisateurs.

Se tourner vers coordination « augmentée » pour un exercice libéral durable

La transformation de l’exercice coordonné ne peut donc se résumer à une évolution réglementaire ou à une adoption contrainte de nouveaux outils. Elle doit être perçue comme une opportunité d’améliorer la qualité des soins, tout en garantissant une meilleure organisation du travail pour les professionnels.

L’objectif est de construire une coordination augmentée qui ne soit ni une contrainte administrative ni une standardisation excessive, mais un cadre facilitateur permettant aux soignants de mieux travailler ensemble.

Avec une approche pragmatique, un soutien méthodologique adapté et une vision stratégique de long terme, l’exercice coordonné peut se renforcer durablement, en conciliant innovation et respect des réalités de terrain.

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