Avis d'expert | Prolongation inédite de la labellisation « Grande cause nationale » pour la santé mentale
Ce que désigne et permet le label « Grande Cause Nationale »
Créé en 1977, le label « Grande cause nationale » distingue chaque année, par décision gouvernementale, une campagne d’intérêt public, visant à sensibiliser largement la population à un enjeu sociétal majeur. Ce dispositif offre une visibilité conséquente en facilitant notamment l’accès aux espaces médiatiques audiovisuels.CMS
En 2013, plusieurs organismes engagés dans le champ de la psychiatrie et de la santé mentale avaient déjà candidaté pour une labellisation en 2014.
Mais c’est en 2025 que la santé mentale devient Grand cause nationale, du fait de :
- Une forte mobilisation du collectif santé mentale,
- Des répercussions de la crise sanitaire de 2020 – 2021 sur la santé psychique, notamment pour les jeunes et les personnes isolées,
- Des défis majeurs qui traversent la psychiatrie : pénurie médicale, difficultés d’accès aux soins, saturation des dispositifs, …
En quelques chiffres
- 1personne va souffrir d'un trouble mental à un moment de sa vie
- 5des retards de diagnostic moyens pour la schizophrénie
- 70des Français cautionnent un stéréotype concernant des personnes atteintes de troubles de santé mentale
- 23des Français ont le sentiment de ne pas prendre soin de leur santé mentale dont 36% des femmes et 38% des 18-24 ans
- 10des retards de diagnostic moyens pour les troubles bipolaires
- 67Le délais moyen pour un rendez-vous en CMP, soit plus de mois et pouvant aller à 115 jours en psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent
Face à ce constat, la Grande cause nationale 2025 portait comme objectifs de :
Lutter contre la stigmatisation afin de faire | Développer la prévention et le repérage |
Améliorer l’accès aux soins sur l’ensemble | Accompagner les personnes concernées |
Ce qui a été permis par cette première labellisation 2025
Plus de 3 000 évènements ont été organisés dans toutes les régions et plus de 900 actions ont été labellisées attestant d’un engagement inédit des acteurs – associations, professionnels, collectivités – avec une implication de des services de l’Etat.
Une campagne pour libérer la parole
Sous le slogan « Parlons santé mentale ! », plusieurs campagnes à destination du grand public ont été déployées. Elles ont contribué à déconstruire les préjugés, à encourager la demande d’aide et à libérer la parole autour des troubles psychiques grâce aux témoignages de plusieurs personnalités, de personnes concernées, d’aidants ou de professionnels.
Afin de centraliser les informations et de faciliter l’accès aux ressources, la plateforme santementale.gouv.fr met à disposition du grand public et des professionnels des contenus pédagogiques, des outils et des guides pratiques.
Une labellisation des actions du terrain
Un dispositif national de labellisation de projets menés sur le terrain a également été mis en place. Les actions retenues répondent à plusieurs critères, par lesquels figurent :
- Le message transmis : indissociabilité entre santé mentale/santé physique, respect des principes fondamentaux du respect de la personne humaine, de la liberté individuelle et de la dignité
- La participation des personnes concernées : concertation, co-construction, co-décision
- La prise en compte des publics prioritaires : jeunes, femmes, minorités, migrants, etc
- L’impact de l’action, mesuré par le nombre de personnes touchées par l’action,
- L’approche partenariale ainsi que la cohérence avec les actions de la feuille de route santé mentale et psychiatrie.
Un soutien financier
La campagne tarifaire a soutenu le secteur avec 400 millions d’euros supplémentaires alloués à la psychiatre, dont plus de 100 millions ciblés sur des actions auprès des enfants et jeunes.
Un nouveau plan dédié à la psychiatrie
En juin 2025, le gouvernement a présenté un nouveau plan psychiatrie, avec un objectif central : « ne plus laisser la souffrance psychique sans réponse ». Ce plan vise à mieux repérer, mieux soigner et mieux accompagner, tout en s’inscrivant dans la continuité du cap fixé par la feuille de route nationale Psychiatrie et santé mentale 2018-2026.
Trois axes et vingt-six mesures le composent :
-
1
Un plan national de repérage et d’intervention précoce
- Personnels repères dans les établissements scolaires, mobilisables par les équipes et élèves
- Déploiement d’un modèle de repérage et d’intervention précoce d’ici 2027
- Formation de l’ensemble des professionnels de santé scolaire au repérage des troubles psychiques
- Intervention d’étudiants en santé pour le développement des compétences psychosociales
- Diffusion d’un kit de repérage et d’intervention
- Formation de 300 000 secouristes en santé mentale d’ici 2027
-
2
Une psychiatrie de proximité, lisible et accessible
- Renforcement des CMP
- Accélération du dispositif « Mon soutien psy » avec doublement des psychologues conventionnés d’ici 2027
- Outillage des médecins généralistes
-
3
Renforcer la formation et la coordination
- Renforcement de la formation initiale des étudiants en médecine en psychiatrie
- Formation de 600 internes en psychiatrie / an d’ici 2027
- Mise en place d’un groupe de travail au sein de l’ANSM sur la pénurie de psychotropes
- Mission nationale sur les conditions de travail en psychiatrie
- Mise en place d’un formulaire national standardisé sur les directives anticipées en santé mentale intégré dans Mon espace santé
Les chantiers à poursuivre avec la prolongation de la Grande cause nationale
Une prolongation inédite de la Grande cause nationale
En raison, notamment, de l’instabilité gouvernementale de 2025, la labellisation de la santé mentale comme Grande Cause nationale a été exceptionnellement prolongée d’une année. Cette décision vise à accélérer les politiques publiques de prise en charge et à consolider les avancées amorcées l’année dernière.
Pour 2026, le gouvernement annonce des actions « plus concrètes », fondées sur un renforcement de la coordination interministérielle. L’ambition est de s’appuyer sur les acquis de l’année précédente — en particulier les progrès en matière d’information, de sensibilisation et de déstigmatisation — pour donner un nouvel élan à la politique de santé mentale.
Ce prolongement permettra de poursuivre les actions de sensibilisation auprès du grand public tout en développant des parcours de soins adaptés, en soutenant les professionnels engagés au quotidien, et en renforçant les dispositifs d’accès aux soins et la qualité de l’accompagnement.
Des attentes fortes face à la persistance des défis notamment en psychiatrie
Si la visibilité des enjeux liés à la santé mentale est indéniable, les acteurs du secteur - en particulier de la psychiatrie - soulignent plusieurs défis majeurs :
- La pénurie durable de psychiatres, particulièrement marquée en pédopsychiatrie,
- L’outillage en matière de repérage précoce
- Les délais d’accès aux consultations
- Les problématiques de prise en charge avec des pratiques d’isolement et de contention croissantes dans certains établissements.
Aussi, des attentes fortes subsistent quant à la concrétisation des mesures annoncées dans les différents plans dédiés à la psychiatrie et quant à l’amélioration tangible des prises en charge, via des moyens en accord avec les ambitions, pour relancer l’attractivité médicale, améliorer les conditions d’accessibilité, limiter la saturation des services ou encore répondre à la crise de la psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent.
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