Editorial du 8 janvier
À l’épreuve du réel : quand la technopolitique s’invite, que le luxe vacille et que le CES surprend encore
Le CES 2026, entre rapports de force et remises en question
Au troisième jour du CES 2026, le décor s’efface et la lecture s’affine.
Derrière l’accumulation d’innovations, le salon révèle une carte du monde profondément politique.
La visibilité des pays n’y est jamais neutre. Elle dit des choix de puissance, de chaînes de valeur, de stratégies de projection internationale. Les États-Unis, la Chine, l’Asie-Pacifique imposent leur tempo. L’Europe, elle, apparaît plus fragmentée, riche d’innovation mais divisée dans sa mise en scène. Et certaines présences, comme celle de l’Ukraine, rappellent que le CES peut aussi être un acte de résilience et de positionnement géopolitique.
Ce troisième jour questionne aussi des secteurs que l’on croyait établis. Luxe, santé, retail, industrie : quand l’ultra-personnalisation devient un standard technologique, quand le corps devient interface via les wearables, ce sont des modèles entiers qui sont remis en jeu.
Enfin, le CES surprend encore. Le retour assumé des sujets de diversité et d’inclusion, dans un contexte politique américain pourtant défavorable, en est un signal fort : ici, l’inclusion est d’abord perçue comme un levier de performance globale.
Moins de promesses, plus de rapports de force.
Le CES 2026 ne montre plus seulement le futur : il révèle l’état réel de la technopolitique mondiale.
CES 2026 : une carte du monde bien plus politique qu’il n’y paraît
Le CES 2026 rappelle une évidence souvent sous-estimée : la présence d’un pays sur le plus grand salon technologique mondial ne reflète jamais uniquement son niveau d’innovation. Elle résulte d’un équilibre — parfois fragile — entre puissance économique, maturité industrielle et stratégie assumée de projection internationale.
Derrière la liste des exposants se dessine une carte du monde très lisible. Chaque pays y raconte, consciemment ou non, sa manière de transformer innovation, capital et influence en visibilité technologique.
Les leaders mondiaux : quand tout s’aligne
Sans surprise, les pays les plus visibles combinent marché intérieur solide, capacité d’investissement massive et industrialisation rapide.
Les États-Unis dominent avec 32 % des exposants. Plus qu’un avantage du terrain, cette position reflète une capacité unique à absorber, financer et déployer l’innovation à grande échelle. Le CES y fonctionne comme une extension naturelle du marché domestique.
La Chine (22 %) incarne une autre logique : le CES comme vitrine industrielle et commerciale, démonstration de puissance productive, de mise à l’échelle et d’exportation, étroitement liée à une stratégie d’influence économique.
La Corée du Sud (19 %) illustre un modèle cohérent et constant : une innovation pensée pour l’export, soutenue par une politique industrielle lisible et une culture technologique profondément ancrée.
Europe : même potentiel, choix de visibilité divergents
L’Europe n’est pas moins innovante, mais nettement plus fragmentée stratégiquement.
La France assume une présence collective forte avec 136 startups, majoritairement à Eureka Park (environ 3 % des exposants). Le CES devient un outil de narration nationale, visant l’effet de masse, la visibilité médiatique et l’attraction des investisseurs.
L’Allemagne, pourtant géant industriel, adopte une posture plus discrète : une cinquantaine d’exposants, un pavillon au Venetian. Ce choix reflète une priorité donnée aux salons industriels spécialisés (Hannover Messe, IFA), où la conversion commerciale est plus directe. Le CES y est un espace de visibilité générale, non central.
Le Royaume-Uni présente un cas à part : une trentaine d’exposants, sans pavillon national clairement identifié. En cause, un recul du soutien public coordonné. L’innovation reste là, mais la visibilité repose sur des initiatives individuelles plutôt que sur un récit national structuré.
Ukraine : faible en volume, majeure en symbole
Pour sa troisième participation (2023, 2025, 2026), l’Ukraine franchit un cap avec sa première présence au Venetian, dans la zone stratégique des Global Pavilions. Une douzaine d’entreprises y sont mises en lumière, de la deeptech à la cybersécurité.
Dans un contexte géopolitique extrême, cette présence est autant politique que économique. Elle affirme une volonté claire : continuer d’exister sur la scène mondiale de l’innovation. Le CES devient ici un espace de projection, de résilience et de crédibilité internationale.
Précision plutôt que volume
Des pays comme la Suisse, Singapour ou Israël combinent richesse élevée et innovation de pointe, tout en maintenant une présence mesurée. Leur stratégie repose sur une sélection rigoureuse : le CES comme espace de rencontres ciblées, non comme vitrine de masse.
À noter la montée en puissance très visible de la Suisse, avec deux pavillons cohérents et fortement identifiables, particulièrement réussis en termes de mise en scène de l’écosystème.
Asie industrielle et économies en transition
Le Japon reste fidèle à son ADN : sobriété, fiabilité, amélioration continue. Le CES y est un point de contact international, pas une scène de démonstration.
Taïwan affiche une visibilité directement liée à son rôle clé dans les chaînes d’approvisionnement mondiales, notamment les semi-conducteurs.
L’Inde, enfin, est en montée en gamme. Sa présence reste modeste au regard de son poids économique, mais traduit une intégration progressive dans l’économie mondiale de l’innovation.
Afrique, Amérique latine, Océanie : peu visibles, mais stratégiques
Ces régions restent faiblement représentées en volume, souvent via des pavillons collectifs. Elles mettent en avant des startups très ciblées sur des enjeux critiques (santé, agri-tech, mobilité, cleantech).
Le Africa Pavilion joue un rôle structurant, tout comme les initiatives latino-américaines (CES Brasil, Start-Up Chile), orientées vers l’accès au marché nord-américain. En Océanie, la logique est similaire, notamment en medtech et age-tech.
Changer d’échelle : une lecture plus brutale
Vue par grandes régions, la cartographie devient binaire :
- Asie-Pacifique : 51 % des exposants
- Amérique du Nord : 33 %, portée quasi exclusivement par les États-Unis
- Europe : 11 %
- Reste du monde : 5 %
Derrière la diversité des stratégies nationales se cache une réalité plus brute : le CES reste dominé par deux grands pôles géotechno-économiques.
Conclusion
Le CES 2026 montre que la visibilité internationale naît lorsque richesse, innovation et stratégie de projection avancent ensemble.
Un pays peut être très innovant et rester discret par choix. À l’inverse, une stratégie collective structurée peut amplifier la visibilité d’écosystèmes fragmentés.
Le CES n’oppose pas les pays innovants aux autres.
Il révèle des choix stratégiques face à la mondialisation de l’innovation — et s’affirme, plus que jamais, comme un baromètre avancé de la géopolitique technologique mondiale.
À ne pas manquer : dans les prochaines semaines, nous publierons des récapitulatifs détaillés consacrés à une sélection de pays, pour décrypter plus finement leurs stratégies de présence et ce qu’elles disent de leur positionnement technologique. À paraître courant janvier, dans la foulée du CES.
Zoom : la France au CES 2026, entre puissance collective et pluralité des récits
Au CES 2026, la France est bien là. Visible. Assumée. Et numériquement solide : 136 exposants français au total. Un chiffre qui confirme une chose simple mais essentielle : la France continue de considérer le CES comme une scène stratégique, pas comme un salon d’innovation parmi d’autres.
Mais au-delà du volume, c’est surtout la manière dont la France se montre qui mérite qu’on s’y attarde.
Le pavillon France à Eureka Park : un point d’ancrage assumé
Impossible de le manquer. Dès l’entrée dans Eureka Park, le pavillon France s’impose comme un repère immédiat. Emplacement central, identité claire, scénographie maîtrisée. Organisé par Business France et La French Tech, il joue pleinement son rôle de vitrine nationale.
Mais il va surtout plus loin que la simple juxtaposition de startups.
La présence d’une véritable scène, animée tout au long de la journée, change la nature du pavillon. Keynotes, prises de parole, remises de prix, débats de fond : ici, on ne fait pas que montrer, on parle. Et ce détail est loin d’être anecdotique.
Là où beaucoup de pavillons nationaux se contentent d’exposer, la France s’autorise à devenir légitime sur des sujets structurants : deeptech, santé, transition énergétique, IA, souveraineté technologique. On n’y raconte pas uniquement des produits, mais une trajectoire, une vision, un positionnement.
Une présence française diffuse mais sectoriellement riche
Au-delà du pavillon France, les startups françaises sont largement disséminées dans les grandes allées d’Eureka Park. Greentech, healthtech, smart city, cybersécurité, IA, consumer goods… la diversité sectorielle est réelle, visible, et plutôt bien équilibrée.
Certaines entreprises françaises ont également fait le choix d’exposer hors d’Eureka Park, notamment dans les zones dédiées à la mobilité et à l’automobile au LVCC. Un positionnement logique pour des acteurs plus industriels ou déjà bien établis, qui cherchent moins la visibilité “startup” que des partenariats technologiques, commerciaux ou industriels ciblés.
Cette dispersion peut parfois nuire à la lisibilité globale pour un visiteur international, mais elle traduit aussi une maturité croissante de l’écosystème français, capable de jouer sur plusieurs terrains simultanément.
Auvergne-Rhône-Alpes au CES : quand la force des territoires s’exprime
À quelques allées seulement du pavillon France, un autre espace attire immédiatement l’attention. Grand. Très grand.
300 m², 35 startups, une identité visuelle affirmée : le pavillon Auvergne-Rhône-Alpes impressionne par son ampleur et par la mobilisation qu’il incarne.
Le message est clair : certaines régions françaises ont atteint une masse critique suffisante pour exister par elles-mêmes sur la scène internationale. Ici, la dynamique territoriale est assumée, revendiquée, presque démonstrative. Et il faut le reconnaître : l’exercice est réussi. Peu de régions européennes peuvent afficher une telle densité de startups et une organisation aussi structurée sur un salon comme le CES.
Pour autant, cette présence régionale forte pose une question de fond, sans polémique mais avec lucidité :
quel est l’intérêt, à l’international, de se présenter en tant que région, distinctement de la délégation nationale portée par Business France et La French Tech ?
La visibilité locale est indéniable. La fierté territoriale aussi. Mais sur une scène mondiale où la compétition se joue d’abord entre pays — voire entre blocs économiques — cette multiplication des récits interroge la cohérence globale de la “marque France”.
Cette coexistence entre pavillon national et pavillon régional dit beaucoup de la vitalité française, de sa décentralisation et de la puissance de ses territoires. Elle invite aussi à réfléchir à la meilleure manière d’orchestrer cette richesse pour transformer la diversité en influence collective.
Diversité et inclusion : une autre voix française, plus discrète mais cohérente
Toujours à Eureka Park, un pavillon plus modeste attire l’attention par ce qu’il représente plus que par sa taille : une delegation of women founders in tech, portée par le collectif Girls & Tech.
Ici, la démarche est différente. Moins démonstrative, mais très lisible. L’objectif n’est pas de concurrencer le récit national, mais de l’enrichir, en mettant en avant une autre facette de la tech française : plus diverse, plus inclusive, et encore trop souvent sous-représentée sur les grandes scènes internationales. Bravo !
En filigrane, une question de projection internationale
Le CES 2026 confirme une chose : la France sait être visible. Elle sait mobiliser. Elle sait produire de l’innovation en volume et en qualité.
Mais il met aussi en lumière une tension persistante entre unité et pluralité.
Entre pavillon national, initiatives régionales puissantes et collectifs thématiques, la France projette une image riche, dynamique… parfois fragmentée.
La question n’est pas de savoir si cette diversité est une faiblesse — elle est clairement une force.
La vraie question est plutôt : comment mieux l’orchestrer, pour transformer cette richesse en lisibilité et en influence durable sur la scène technologique mondiale.
Zoom sectoriel : la fin du monopole du luxe sur l’ultra-personnalisation
En arpentant les allées du CES, une évidence s’impose presque naturellement : l’ultra-personnalisation n’est plus un concept marketing réservé aux marques du luxe. C’est une capacité industrielle démocratisée, déjà à l’œuvre.
Partout, des démonstrations très concrètes montrent comment data, IA et hardware se combinent pour produire des expériences en temps réel, souvent invisibles pour l’utilisateur… mais d’une efficacité redoutable.
Dans le retail, les agents conversationnels capables de recommander un produit à partir d’un contexte précis — usage, météo, historique, contraintes logistiques — sont devenus presque banals. Les dispositifs d’AR et de 3D temps réel permettent d’essayer, de configurer, de comparer sans friction. Et côté santé, capteurs sans contact, wearables et plateformes de coaching personnalisent déjà sommeil, récupération, stress et vitalité.
Ce que cela signifie est clair : la personnalisation du parcours client et du produit n’est plus l’apanage du luxe — et c’est précisément ce déplacement du terrain de jeu qui pose désormais question.
Exemple : le signal fort des wearables
L’un des signaux les plus structurants du CES vient peut-être de là : la personnalisation la plus avancée n’est plus logicielle, elle est physiologique.
Les wearables, présents dans TOUS les halls du CES, et sous toutes les formes (bagues, pendentifs, vêtements, colliers, bracelets, ceintures, etc.) ont changé de statut. Ils ne relèvent plus du gadget ni du quantified self expérimental. Ils deviennent de véritables infrastructures d’expérience, continues, silencieuses, profondément personnelles.
Les exemples sont parlants. Oura illustre parfaitement ce basculement : un simple anneau capte sommeil, récupération, stress et rythmes biologiques, puis transforme ces signaux en recommandations actionnables, intégrées dans des routines de vie. Même logique chez Whoop, très visible au CES, où la donnée biométrique sert à ajuster effort, récupération et charge mentale — sans surcharge d’interface ni obsession des tableaux de bord.
Les grands groupes suivent. Samsung positionne désormais ses wearables santé comme des briques natives d’écosystèmes de services personnalisés. Sommeil, stress, activité, énergie deviennent des leviers pour ajuster une expérience en continu, parfois sans que l’utilisateur en ait pleinement conscience.
Ce glissement est fondamental : la personnalisation n’est plus un moment — une offre, un message, une recommandation — mais un flux permanent, ancré dans le corps, dans le rythme biologique, dans l’intime. Une logique de N=1 continu.
Ce que le CES dit au luxe, sans jamais le formuler explicitement
Pendant longtemps, la personnalisation des produits et des services a été le pré carré du luxe. Le sur-mesure, la relation individuelle, la connaissance fine du client faisaient partie de son ADN.
Ce que le CES 2026 rend visible, c’est que ce terrain n’est plus exclusif.
Quand la tech, la santé, le retail ou la mobilité savent déjà personnaliser une expérience à partir du corps, du contexte et du temps réel, cela change la donné ! La personnalisation devient un standard attendu, et non plus un facteur de différenciation suffisant.
Demain, le luxe ne se distinguera plus par la personnalisation, mais par la manière dont il l’orchestrera, la rendra désirable et la reliera à une émotion, une culture, un héritage.
C’est à ce niveau-là que la réinvention devient stratégique.
Les 6 grandes tendances qui transforment le luxe
Bâtir une personnalisation puissante… mais invisible
Les maisons qui prennent de l’avance ont compris une chose essentielle : la technologie ne doit jamais prendre le dessus sur la relation. LVMH a ainsi construit depuis 2021 des plateformes data unifiées sur Google Cloud, permettant à des agents IA d’assister les conseillers en boutique sans les remplacer.
L’objectif est très concret : un conseiller augmenté, capable de connaître l’historique, les goûts, les tailles, les préférences de livraison, et de proposer ensembles ou expériences sur mesure, à la demande. Plus de 40 000 utilisateurs internes et plus de 1,5 million de requêtes mensuelles montrent que cette personnalisation est déjà industrialisée.
Richemont suit une trajectoire similaire, avec migration vers Amazon Web Services, gouvernance centralisée et centres d’excellence. Une même philosophie se dessine : une “quiet tech” revendiquée, puissante mais non ostentatoire.
Du personnalisé au phygital ultra-personnalisé
La frontière entre boutique et e-commerce s’estompe définitivement. AR, 3D, live shopping, visualisation temps réel, clienteling omnicanal : en 2026, c’est le socle.
Des plateformes comme Farfetch ont expérimenté recommandations conversationnelles, avatars et essayage virtuel pour rapprocher le niveau de service digital de celui de la boutique. Derrière ces usages, des briques techniques très concrètes rendent les recommandations instantanées et l’expérience fluide.
Côté mode et retail, agents d’achat, essayage virtuel et stylisme dynamique ne sont plus des POC. Ils sont documentés, déployés, et mesurés.
Santé, bien-être et précision : de nouveaux codes du luxe expérientiel
Le CES 2026 marque aussi un saut clair de la digital health : capteurs sans contact, wearables dédiés au sommeil et au stress, plateformes de dépistage et de coaching santé avec l’IA au cœur des dispositifs.
Le trend “Longevity / Better Living connecte luxe, bien-être, hospitalité et mode. La longévité ne se limite plus à vivre plus longtemps, mais à vivre mieux : qualité de vie, santé mentale, prévention. Le luxe expérientiel ne pourra pas rester à distance de ces sujets — à condition de les traiter avec responsabilité et crédibilité.
Une personnalisation responsable, by design
Avec l’entrée en vigueur de l’EU AI Act et les exigences renforcées du GDPR, la personnalisation doit désormais être pensée responsable par construction : consentement, transparence, gouvernance, explicabilité. Le CES en est le parfait contre exemple avec profusion de dispositifs relativement intrusifs sur la protection de la donnée personnelle.
Conséquence directe : priorité aux zero et first-party data, aux approches anonymisées, et à des expériences non intrusives. C’est exactement la logique de la quiet tech déjà visible dans la joaillerie ou la maroquinerie, où blockchain de traçabilité, matériaux intelligents ou procédés éco-responsables sont intégrés sans jamais altérer l’esthétique ni l’émotion.
Produire moins, mieux, et plus justement
Digital twins, made-to-order, ajustements morphologiques, gravures personnalisées : la personnalisation devient aussi un levier de durabilité. Produire moins mais mieux, réduire les retours, optimiser les stocks grâce à l’IA.
La circularité — reconditionné, location, rachat — se professionnalise avec l’IA pour la qualité visuelle, la catégorisation et le pricing dynamique. L’authentification (RFID, NFC, identités numériques) soutient la confiance, la valeur de revente et prolonge l’expérience client bien au-delà de l’achat.
Orchestrer la relation dans un marché polarisé
Le marché du luxe est désormais fortement polarisé : moins de 2 % des clients génèrent près de 40 % des revenus. Il faut donc scaler l’ultra-service pour les VIC (Very Important Clients), tout en clarifiant l’offre “attainable luxury”.
La genAI permet de passer à une personnalisation contextuelle, multilingue et scalable — à condition de repenser workflows, gouvernance et compétences.
Conclusion — Quand l’expérience augmentée devient le vrai luxe
Le CES 2026 montre que l’ultra-personnalisation, longtemps perçue comme l’un des privilèges du luxe, est désormais généralisée, industrialisée, accessible. Retail, santé, tech, mobilité : tous savent aujourd’hui adapter une expérience en temps réel, à partir du contexte, de la donnée et parfois même du corps.
Pour le luxe, l’enjeu n’est donc plus la personnalisation en soi. Elle est acquise. Elle est attendue.
Ce qui va désormais faire la différence, c’est l’expérience augmentée — celle que la technologie rend possible, sans jamais la rendre visible.
L’augmentation n’est pas une surcouche digitale. C’est une capacité à mieux écouter, mieux comprendre, mieux accompagner, à chaque point de contact. Une technologie qui amplifie l’humain plutôt qu’elle ne s’y substitue. Une IA qui éclaire la relation sans la standardiser. Une donnée qui enrichit l’expérience sans la rendre intrusive. Une personnalisation qui se vit comme une attention, pas comme un calcul.
La transformation est déjà engagée.
Stacks data industrielles mais discrètes, phygital fluide, expériences santé et bien-être intégrées, modèles produits plus durables, relation client repensée pour un marché polarisé : les maisons qui avancent ont compris que l’expérimentation ne suffit plus. Il faut désormais accélérer, structurer, déployer.
La singularité du luxe ne viendra pas d’une technologie de plus, mais de sa capacité à orchestrer une expérience augmentée, cohérente, sensible et profondément humaine.
La technologie est partout.
L’expérience, elle, reste à inventer.
Le grand retour de la diversité, la surprise 2026
En arpentant le CES 2026, nous ne pouvons cacher notre étonnement : une place significative est donnée cette année aux sujets de diversité, d’inclusion et de leadership féminin !
Le contraste est d’autant plus frappant qu’en 2025, ces thèmes étaient largement absents de la programmation officielle. On en parlait à la marge, rarement sur scène, encore moins dans l’agenda structurant du salon.
Cette année, la Consumer Technology Association (CTA) a clairement changé de posture. Le salon intègre un volet dédié, Innovation For All, avec des conférences, des espaces et des temps forts autour de la parité, de l’accessibilité et de l’entrepreneuriat inclusif.
Women in Tech Brunch, rencontres mettant en lumière des leaders Black & Brown de la tech, événements LGBTQ+ & Allies : ces formats ne sont plus périphériques, ils font partie intégrante de l’expérience CES.
Ce choix surprend d’autant plus qu’il s’inscrit dans un contexte politique américain pourtant peu favorable à ces sujets. Depuis janvier 2025, l’administration fédérale a engagé un recentrage de l’action publique autour d’une approche dite méritocratique, avec la fin des dispositifs DEI au sein des agences fédérales. Une orientation assumée, cohérente avec une vision de neutralité des critères et de priorité donnée à la performance individuelle.
Et pourtant, le CES continue d’afficher un agenda inclusion.
L’explication est sans doute moins politique qu’économique. Le salon est avant tout une plateforme mondiale, rassemblant des entreprises privées, multinationales, des investisseurs et des talents issus de marchés où l’inclusion reste un levier reconnu de compétitivité. Accès élargi aux talents, créativité accrue, meilleure compréhension de marchés globaux : ces arguments sont largement documentés et établissent un lien clair entre diversité des équipes dirigeantes et performance financière.
Autre point notable : l’État fédéral américain est bien présent au CES 2026. Agences, régulateurs et élus participent aux programmes dédiés aux politiques technologiques et à l’innovation. En revanche, aucun représentant de l’administration ne prend la parole sur les sujets de diversité et d’inclusion portés par le salon. Même lorsque des responsables politiques interviennent, ces thématiques restent soigneusement évitées.
Au final, le CES 2026 donne à voir une coexistence intéressante, et paradoxale : d’un côté, une sphère publique américaine qui redéfinit son cadre d’action et ses priorités ; de l’autre, un écosystème technologique mondial qui continue de considérer l’inclusion comme un facteur d’attractivité et de performance. Moins un affrontement qu’un décalage — et un signal à observer de près.
Les insolites du jour
South Hall du LVCC : quand la Chine expose sa force de frappe technologique
Le Las Vegas Convention Center (LVCC) est le cœur tentaculaire du CES, un campus XXL découpé en halls thématiques. Dès l’entrée du South Hall, officiellement dédié au design, aux accessoires et aux solutions hardware, le message est donné sans détour : un stand propose un véritable « mode d’emploi pour faire du B2B avec des entreprises chinoises ». Tout est dit.
En quelques mètres à peine, nous avons eu l’impression d’entrer dans une sorte de miroir parallèle du marché mondial de la tech. Claviers au look étrangement familier, petits robots qui semblent avoir déjà été vus quelque part, gadgets évoquant de grandes marques sans jamais les nommer… La Chine y est omniprésente, avec une créativité qui flirte souvent avec le déjà-vu. Un hall fascinant, où l’innovation semble parfois consister à reconnaître, avant même de lire l’étiquette, d’où vient l’inspiration.
Robot qui intimide ou robot qui rassure, on a choisi
Au CES 2026, les robots sont partout. Humanoïdes, quadrupèdes, mobiles, expressifs. Mais ce qui nous a frappés, ce n’est pas leur prolifération — c’était attendu — c’est la manière dont certains ont été mis en scène.
Sur plusieurs stands, notamment ceux d’acteurs comme Unitree Robotics, des robots interpellent la foule avec une assurance presque agressive. D’autres sont montrés sur des rings, simulant des combats, des chutes, des affrontements. La performance technique est indéniable. Mais la narration pose question.
Ces démonstrations réveillent des émotions ambiguës : fascination, malaise, parfois même une forme d’intimidation. Comme si la robotique cherchait à prouver sa puissance plutôt qu’à construire une relation.
Et puis, à contre-courant de cette logique spectaculaire, une autre vision s’est imposée à nous.
Développé par Enchanted Tools, Mirokaï a été, sans hésitation, notre chouchou du CES 2026.
Mirokaï ne cherche ni à dominer l’espace ni à impressionner par la force. Son design, ses mouvements et ses interactions ont été pensés autour d’un principe simple mais radical : le lien émotionnel.
Le robot a été conçu pour exprimer et susciter une dizaine d’émotions fondamentales — curiosité, joie, surprise, calme, hésitation, attention, empathie… — travaillées avec des spécialistes du comportement et des designers d’interaction.
Résultat : Mirokaï ne “fait pas humain”. Il est lisible, rassurant, attachant — et surtout cohérent avec les environnements auxquels il se destine, notamment les hôpitaux et lieux de soin.
Ce qui fera la différence, demain, c’est l’interaction homme–machine. La capacité d’un robot à être accepté, compris, intégré dans nos espaces de vie.
Le CES 2026 montre deux trajectoires possibles pour la robotique. Nous, on a choisi.
Au milieu du tumulte, quand l’innovation retrouve l’essentiel
Dans le brouhaha permanent du CES, il existe encore des moments à part. Des parenthèses où l’on choisit de mettre en lumière des innovations qui comptent vraiment, parce qu’elles dessinent un futur meilleur — plus inclusif, plus humain.
C’est dans cet esprit que, sur le pavillon Business France / La French Tech, nous avons remis le Grand Prix Forvis Mazars – Future Shaper à deux startups à fort impact.
WheelMove réinvente la mobilité des personnes en situation de handicap avec une solution modulaire pensée pour l’autonomie et la liberté de mouvement.
Seehaptic développe des technologies haptiques permettant aux personnes déficientes visuelles d’accéder à l’information visuelle par le toucher.
Au-delà du prix, nous avons souhaité aller plus loin en offrant à chacune de ces startups deux places dans la prochaine promotion de la XFactory de Forvis Mazars, pour les accompagner concrètement dans la suite de leur trajectoire.
Enfin, un détail qui n’en était pas un : l’artiste Antonio Meza a réalisé une illustration du projet WheelMove. Un dessin juste, sensible, qui a capté l’intention autant que la technologie.
Dans un monde saturé de tech, de robots et d’IA, ce moment nous a rappelé l’essentiel : la véritable magie naît encore de la connexion humaine entre celles et ceux qui façonnent le futur… et ceux qui choisissent de les accompagner.
Editorial du 7 janvier
L’âge de raison, version Vegas
Au deuxième jour du CES 2026, une impression très claire s’installe. Le bruit retombe un peu, les effets d’annonce s’atténuent, et ce qui reste, c’est le terrain. Et franchement, c’est plutôt une bonne nouvelle !
En arpentant les halls, en passant d’une conférence à l’autre, on sent que le CES a changé de tempo. L’innovation ne se raconte plus comme une success story solitaire ou un coup de génie isolé. Elle se construit désormais comme un système complexe, fait d’interdépendances, de contraintes bien réelles… et d’arbitrages assumés. L’IA en est le fil rouge, omniprésent mais beaucoup moins incantatoire qu’il y a encore quelques années.
Ce qui frappe, ce n’est pas une annonce spectaculaire en particulier, mais une cohérence d’ensemble. Les mêmes sujets reviennent partout : puces, énergie, infrastructures, modèles, devices, régulation. Et partout, la même évidence s’impose : personne ne joue seul.
Le Lenovo Tech World à la Sphere l’a montré de façon presque pédagogique. Lenovo en chef d’orchestre, les partenaires sur scène, et un message simple : l’IA avance par orchestration, pas par domination. Sérieux, structurant… mais aussi parfaitement assumé dans la mise en scène.
Autre sensation très concrète sur le terrain : nous ne parlons pas tous de la même chose quand nous parlons d’IA. En Europe, la question de la “bulle” revient souvent dans les échanges. Ici, à Las Vegas, le mot est quasi absent. On parle surtout d’exécution, de passage à l’échelle, de ce qui marche — ou pas encore. Le contraste est frappant, parfois même un peu rafraîchissant.
Et puis, heureusement, le CES reste le CES ! Il sait rappeler qu’innovation et plaisir ne sont pas incompatibles. Un concert exclusif dans la Sphere, une excellente punchline au détour d’un stand d’électroménager, un super-héros des années 80 qui vous interpelle au milieu d’un hall ultra-tech… Ces moments plus légers font partie de l’expérience pour éviter de devenir trop sérieux.
Ce deuxième jour confirme donc une chose : le CES entre dans l’âge adulte. L’innovation y est plus lucide, plus structurée, plus responsable. Mais elle n’a pas perdu son goût du spectacle, ni sa capacité à surprendre — et c’est probablement cet équilibre qui rend cette édition particulièrement intéressante !
De la dépendance à l’interdépendance : quand l’IA force l’innovation à jouer collectif
L’illusion du héros solitaire est morte
Il fut un temps — pas si lointain — où l’innovation pouvait encore se raconter comme une aventure individuelle pour une entreprise, pour un pays : une innovation technologique, une rupture, un avantage décisif.
Le CES 2026 marque clairement la fin de ce récit. Avec la façon dont l’IA est abordée au CES 2026, nous ne parlons plus d’une technologie isolée, ni même d’un saut incrémental. Nous parlons d’un système complet, lourd, interdépendant, contraint par le réel. Et un système, par définition, ne se construit jamais seul.
Ce que le CES révèle de manière très concrète en 2026, c’est que la performance ne se joue plus dans la maîtrise d’un maillon isolé, mais dans la capacité à faire fonctionner l’ensemble de la chaîne :
- puces et semiconducteurs,
- serveurs et réseaux,
- cloud et edge,
- modèles et data,
- devices,
- interfaces,
- énergie,
- et désormais… régulation.
Le Lenovo Tech World organisé dans l’incroyable Sphere en a été l’illustration la plus spectaculaire — mais surtout l’une des plus claires.
Lenovo Tech World : l’IA ne se joue plus en solo
Ce soir là, Lenovo n’a pas simplement enchaîné des annonces produits. Il a mis en scène un changement de posture.
Lenovo s’est positionné explicitement comme chef d’orchestre d’un écosystème IA, et non comme acteur isolé cherchant à tout maîtriser.
Sur scène, les partenaires se sont succédé : AMD, Intel, Qualcomm, NVIDIA, Motorola… et même la FIFA et la Formule 1. Des coalitions assumées, visibles, revendiquées.
Le message est limpide : l’IA hybride ne peut pas être portée par un acteur unique, quelle que soit sa taille. Lenovo est allé jusqu’à projeter sur la Sphere les LLMs de marché les plus matures en expliquant que l’enjeu était désormais de choisir le bon LLM pour le bon use case sur le bon terminal pour répondre au mieux aux besoins. Nous sommes loin de l’ère où chaque géant de la tech ne parlait que de lui pendant ces conférences-shows !
Pourquoi ? Parce que l’IA n’est pas monolithique.
Elle repose sur une chaîne de dépendances critiques :
- des puces toujours plus spécialisées,
- des serveurs et des infrastructures de calcul extrêmement énergivores,
- des clouds hyperscale ou souverains,
- des modèles toujours plus lourds et coûteux,
- des devices capables d’inférence locale,
- et des interfaces acceptables par l’utilisateur final.
À chaque étage, une contrainte, et à chaque contrainte, un partenaire.
Lenovo l’a formulé sans détour : les innovations complexes ne se développent plus en silo. Le CES 2026 en apporte une démonstration opérationnelle.
Une conférence rythmée comme un véritable show
En 2h, Lenovo a déroulé une série d’annonces à un rythme presque déroutant : une annonce toutes les 5 à 10 minutes !
Ce tempo n’était pas un effet de scène. Il reflétait une réalité très concrète : l’IA avance par empilement coordonné de briques technologiques, pas par percée isolée.
Parmi les annonces majeures :
- Qira, l’agent IA personnel : un superagent transversal, capable de percevoir, raisonner et agir avec l’accord de l’utilisateur, sur PC, smartphone, tablette et objets connectés. Une IA persistante, multidevices, qui acte clairement la fin des silos.
- Des dispositifs IA natifs : PC IA nouvelle génération, smartphones Motorola, lunettes intelligentes, pendentif connecté (nous ne sommes pas – encore ?- fans, mais nous vous laissons juger par vous-mêmes !). L’IA devient omniprésente, embarquée, contextuelle.
- Des concepts matériels inédits : ThinkPad Rollable XD, Legion Pro Rollable, AI Perceptive Companion. Des formats pensés pour des usages IA immersifs, continus, adaptatifs.
- Des serveurs optimisés IA : ThinkSystem et ThinkEdge, pour l’inférence à toutes les échelles, du datacenter au edge industriel.
- Hybrid AI Advantage : une proposition structurée pour l’IA d’entreprise, intégrant sécurité, gouvernance et orchestration d’agents via les services Lenovo Agentic.
- AI Cloud Gigafactory avec NVIDIA : une annonce clé pour accélérer le déploiement des workloads IA chez les fournisseurs cloud.
- FIFA World Cup 26™ Special Edition : l’IA au service des joueurs et des entraîneurs, mais aussi des fans, avec des expériences immersives qui dépassent largement le cadre technologique.
Chaque annonce prise séparément est intéressante. Mais c’est leur alignement qui est frappant.
Ici, l’IA n’est jamais présentée comme un produit fini. Elle est pensée comme un écosystème vivant.
Quand l’interdépendance devient aussi politique
Ce modèle d’innovation collective ne concerne plus uniquement les entreprises.
Au-delà du CES, les États ont parfaitement intégré le caractère stratégique — et critique — de l’IA.
Les signaux se multiplient :
- Dîner des géants des Big Tech à la Maison Blanche,
- AI Action Summit co-organisé par la France et l’Inde et réunissant industriels et décideurs publics,
- prises de parole politiques, comme à VivaTech, où Emmanuel Macron s’est affiché aux côtés de NVIDIA et des leaders européens de l’IA pour repositionner l’Europe.
Ces séquences traduisent une réalité simple : l’IA est devenue une infrastructure stratégique.
Économique, bien sûr. Mais aussi industrielle, culturelle, énergétique — et désormais géopolitique.
Elle est trop structurante pour être laissée à une logique de compétition purement fragmentée. L’IA impose une forme de coopétition orchestrée, où alliances industrielles, régulation et souveraineté avancent ensemble, parfois sous tension, souvent par nécessité.
Ce que le CES 2026 acte clairement
Lenovo Tech World n’a pas seulement présenté des produits ou des concepts futuristes.
Il a mis en scène un basculement :
- de la dépendance à un fournisseur unique,
- vers l’interdépendance assumée entre acteurs,
- puis vers la capacité d’orchestration comme nouveau facteur clé de performance.
Ce constat fait directement écho aux signaux identifiés dès les premiers jours du CES sur le hardware, l’énergie et les puces. Comme nous l’avons analysé dans notre récapitulatif du 5 janvier, la quête actuelle n’est plus celle d’une indépendance absolue — largement illusoire — mais celle d’une sortie de la dépendance unilatérale.
Dans le domaine des semi-conducteurs comme dans celui de l’IA, les acteurs cherchent moins à tout maîtriser qu’à reprendre des marges de manœuvre : diversifier leurs fournisseurs, rééquilibrer les rapports de force, sécuriser l’accès aux ressources critiques, réduire les points de fragilité systémiques. Le mouvement des géants de la tech vers leurs propres capacités de calcul, observé en parallèle de la domination persistante de NVIDIA et AMD, illustre précisément cette logique.
L’IA pousse cette dynamique encore plus loin. Elle rend visibles — et parfois douloureuses — les interdépendances entre calcul, énergie, infrastructures, modèles et usages. Elle force entreprises et États à passer d’une logique de contrôle à une logique d’équilibre.
Pour les entreprises, cela implique d’accepter ces interdépendances, de les cartographier et surtout d’en jouer stratégiquement : choisir ses alliances, assumer ses dépendances critiques, investir dans des écosystèmes ouverts plutôt que courir après une autonomie totale devenue irréaliste.
Pour les nations, la leçon est similaire. Dans un monde où les chaînes technologiques sont profondément imbriquées, le simple rapport de force ne suffit plus. La souveraineté ne se décrète pas ; elle se construit par des alliances, des standards partagés, des capacités industrielles crédibles et une lecture fine des interdépendances.
Dans l’ère de l’IA, l’innovation ne se joue plus en solo. Elle se joue en symphonie. Car désormais, dans l’IA comme ailleurs, l’isolement n’est plus une option.
Bulle de l’IA, une obsession européenne ?
Depuis plusieurs années déjà, le CES est devenu le grand théâtre de l’intelligence artificielle.
En 2026, ce n’est plus un sujet : c’est l’infrastructure de l’événement.
Dans tous les halls, tous les secteurs, toutes les catégories — industrie, santé, mobilité, retail, énergie, éducation — l’IA est partout. Parfois centrale, parfois totalement intégrée, souvent silencieuse. On ne la “présente” plus. On la suppose acquise. Le CES n’est plus l’endroit où l’IA arrive ; c’est celui où elle s’installe.
Et pourtant, à plusieurs milliers de kilomètres de Las Vegas, un autre récit a commencé à prendre de l’ampleur à l’automne 2025, notamment en Europe et plus particulièrement en France : celui d’une possible « bulle de l’IA ».
Une notion récente… et très située géographiquement
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le débat sur une « bulle de l’IA » n’est ni ancien ni universel.
Il se structure réellement entre 2023 et 2024, lorsque la vague de l’IA générative déclenche une accélération brutale des investissements, des valorisations et des annonces de capacités — notamment côté infrastructure.
Mais c’est bien en 2025 que le sujet bascule dans le débat public, avec des prises de position explicites. Plusieurs signaux convergent alors :
Des montants de capex jugés hors normes annoncés par les grandes plateformes technologiques, concentrés sur les data centers, les puces et l’énergie.
Des engagements d’investissement cumulés atteignant plusieurs centaines de milliards de dollars sur douze mois, et parfois davantage lorsqu’on inclut les écosystèmes partenaires.
Des montages financiers de plus en plus imbriqués entre fournisseurs de cloud, producteurs de semi-conducteurs et clients finaux, rappelant à certains observateurs les logiques circulaires de la fin des années 1990.
C’est dans ce contexte que les analogies historiques se multiplient. La presse économique anglo-saxonne — notamment Bloomberg — rappelle alors un point clé : toutes les grandes ruptures technologiques ont connu des phases de sur-investissement initial, des chemins de fer à l’électricité, puis à Internet, avant une phase de normalisation sans remise en cause de la transformation de fond.
Automne 2025 : le moment français
Là où le débat devient particulièrement visible, c’est dans l’espace médiatique français et francophone à partir de l’automne 2025.
Des titres économiques comme Les Échos posent frontalement la question : « IA : après la bulle ? » — avec une lecture nuancée mais assumée. La thèse n’est pas celle d’un effondrement, mais d’un possible excès d’investissement infrastructurel, combiné à des retours sur investissement encore incertains à court terme.
Dans le même temps, des médias insistent sur :
- les montants “astronomiques” engagés,
- la montée rapide de l’endettement dans la chaîne de valeur IA,
- et le décalage persistant entre promesses technologiques et déploiements à l’échelle en entreprise.
Cette séquence médiatique française donne au sujet une tonalité presque saisonnière — une « mode » automne-hiver 2025 — là où, ailleurs, le débat reste plus technique et moins sémantique.
Ailleurs dans le monde : on parle de risques, pas de “bulle”
Aux États-Unis et à l’international, le mot “bulle” est beaucoup moins utilisé — même si le fond du débat existe bel et bien.
Des économistes et stratèges de marché comme Ruchir Sharma évoquent les signaux classiques de surchauffe (sur-investissement, sur-valorisation, concentration excessive, levier financier). Des institutions financières et des banques centrales régionales américaines comparent la trajectoire actuelle de l’IA à celle des télécoms des années 1990, en alertant sur le risque de sur-capacité si la demande réelle déçoit.
Début 2026, Ray Dalio parlera même publiquement d’une phase “précoce” de bulle potentielle, soulignant que ces dynamiques deviennent particulièrement sensibles dans un contexte de taux élevés.
Mais le vocabulaire reste différent : on parle de risques macroéconomiques, de rendements décroissants, de normalisation attendue. Rarement de “bulle” au sens médiatique du terme.
Ce que le CES 2026 montre — sans jamais employer le mot
Sans surprise, le CES 2026 ne mentionne pas une seule fois l’expression « bulle de l’IA ».
Mais il envoie malgré tout des signaux clairs.
D’abord par l’ampleur : un nouveau record de candidatures aux Innovation Awards (+49% en 2025, +29% en 2026), une explosion des projets intégrant de l’IA dans des domaines extrêmement variés — de la santé numérique à la logistique, de la mobilité au retail.
Ensuite par le ton : la ligne éditoriale 2026 met clairement l’accent sur l’exécution. Agents IA, edge computing, accessibilité, cas d’usage concrets. L’IA n’est plus une promesse autonome ; elle devient un socle sur lequel on juge l’expérience, l’utilité et la robustesse des produits.
Faut-il parler de bulle de l’IA ?
Probablement pas comme on parlait de la bulle internet en 2000.
Mais faut-il rester vigilant ? Indéniablement.
Le CES 2026 ne raconte pas une histoire d’effondrement. Il raconte une histoire de passage à l’âge adulte. Une phase où l’IA quitte le registre de l’enthousiasme sans limite pour entrer dans celui des arbitrages : économiques, énergétiques, industriels, géopolitiques.
C’est souvent à ce moment-là que les excès se corrigent — sans que la trajectoire de fond ne soit remise en cause.
Le vrai sujet n’est donc peut-être pas de savoir si l’IA est une bulle.
Mais de comprendre où, comment et à quel rythme nous investissons — et avec quel niveau d’exigence sur la valeur réellement créée.
Et sur ce point, le silence du CES est peut-être moins un déni qu’un signal : celui d’un secteur qui a déjà compris que l’enjeu n’est plus de convaincre, mais de délivrer.
Zoom sectoriel — Financial Services - Stablecoins : omniprésents dans l’actualité, quasi invisibles au CES
Depuis deux ans, les stablecoins se sont imposés comme une brique centrale des paiements numériques et des nouvelles infrastructures financières. Début 2026, leur capitalisation dépasse les 300 milliards de dollars. Ce n’est plus un phénomène marginal : c’est un sujet structurant pour la finance mondiale.
Et pourtant, au CES 2026, leur présence est étonnamment discrète — presque absente.
De quoi parle-t-on exactement ?
Un stablecoin est une monnaie numérique conçue pour maintenir une valeur stable par rapport à un actif de référence, le plus souvent le dollar américain. Dans les faits, près de 99 % des stablecoins sont indexés sur le dollar, ce qui pose à terme de vraies questions de souveraineté monétaire pour d’autres devises, notamment l’euro.
L’ambition est claire : combiner la rapidité, l’automatisation et la programmabilité de la blockchain avec la stabilité des monnaies fiat traditionnelles, sans exposition directe au risque de marché.
Trois grands modèles coexistent, mais un seul domine largement aujourd’hui :
- Fiat-backed : adossés à des réserves en devises (cash et dette souveraine), comme Tether ou Circle.
- Crypto-backed : garantis par des actifs numériques, avec des mécanismes de sur-collatéralisation pour absorber la volatilité.
- Algorithmiques : stabilisés par des règles automatiques, un modèle largement discrédité après plusieurs échecs retentissants.
Dans la pratique, les stablecoins jouent le rôle de liquidité numérique disponible 24/7 : règlements quasi instantanés, transferts transfrontaliers sans intermédiaires bancaires, passerelle entre applications numériques et systèmes financiers classiques, avec des coûts de transaction extrêmement faibles sur certaines blockchains publiques.
Un tournant réglementaire majeur aux États-Unis
Adopté fin 2025, le GENIUS Act marque une inflexion décisive de la position américaine. Le texte définit explicitement le payment stablecoin comme un actif numérique indexé sur le dollar et destiné aux paiements.
Ses principaux piliers :
- des émetteurs strictement encadrés (banques ou entités agréées par les autorités fédérales),
- des réserves liquides et sûres (dollars et bons du Trésor américain) avec un ratio de couverture de 1:1,
- des obligations renforcées en matière d’audit, de KYC et de lutte contre le blanchiment,
- une communication strictement encadrée pour éviter toute publicité trompeuse.
L’objectif est double : sécuriser les utilisateurs et consolider le rôle international du dollar, tout en offrant un cadre clair à l’innovation.
Un marché déjà en phase de consolidation
Début 2026, le paysage est relativement stabilisé :
- capitalisation totale : entre 300 et 320 milliards de dollars,
- concentration extrême : USDT et USDC représentent à eux seuls environ 95 % du marché,
- signaux forts d’institutionnalisation : Visa intègre l’USDC dans certains flux de paiement ; DTCC expérimente la tokenisation de bons du Trésor avec Digital Asset ; de nombreuses banques et consortiums bancaires ont lancé — ou annoncé — leurs propres projets de stablecoins.
Tout indique une convergence progressive entre stablecoins et finance traditionnelle, loin des logiques de rupture des débuts.
Alors pourquoi ce silence au CES ?
Historiquement, le CES est un salon tourné vers la tech grand public, le retail et les usages visibles. À ce titre, les stablecoins auraient pourtant eu toute leur place : ils sont déjà massivement utilisés par les investisseurs et les utilisateurs crypto “retail”, et les avancées réglementaires récentes auraient pu servir de catalyseur narratif.
Dans les faits, aucune annonce structurante n’émerge cette année. Le CES se contente de démonstrations d’intégration — portefeuilles numériques, cartes de paiement, cas d’usage IoT. Pas de lancement de nouveaux stablecoins, pas de prise de parole réglementaire forte, pas de message stratégique clair.
Ce décalage est révélateur : les stablecoins ont sans doute changé de statut. Ils ne sont plus un objet de démonstration ou de storytelling grand public, mais un sujet d’infrastructure, de régulation et de souveraineté monétaire — moins spectaculaire, mais beaucoup plus structurant.
Le paradoxe du CES 2026
Alors même que les États-Unis posent les bases d’une adoption à grande échelle et que les acteurs financiers traditionnels s’engagent ouvertement, le CES reste en retrait sur le sujet.
Un silence qui en dit long sur la transformation en cours : ce qui relève désormais du socle critique de la finance mondiale ne se joue plus forcément sur les scènes les plus visibles de l’innovation.
Les insolites du jour
Gwen Stefani, powered by Lenovo
Lors du CES 2026, Lenovo a frappé très fort avec une conférence organisée dans l’incroyable Sphere de Las Vegas, suivie d’une after-party pour le moins spectaculaire : un concert exclusif de Gwen Stefani ! Mais l’insolite ne s’arrête pas là. Pendant près d’une heure de show, le logo Lenovo trônait en immense sur le devant de la scène, comme un sticker géant collé sous les yeux du public : impossible d’y échapper sur les photos et vidéos capturées par les spectateurs. Une opération de branding XXL assumée. Gwen Stefani, elle, a joué le jeu à fond, personnalisant son discours entre le classique “Welcome Las Vegas” et un plus taquin “You, weird tech people” adressé à l’audience du CES. Cerise sur le gâteau : les décors immersifs de la Sphere évoluaient en temps réel selon chaque chanson, laissant apparaître le logo Intel et le logo Lenovo, parfaitement intégrés aux visuels. Un mélange inédit de tech, de spectacle et de marketing à très grande échelle — typiquement Vegas, typiquement CES !
La meilleure punchline du CES
On ne s’attendait pas à ça. Au détour d’un hall du CES 2026, sur un stand d’électroménager, un homme en costume de super-héros tout droit sorti des années 80 nous interpelle.
Pose assurée, sourire second degré, énergie assumée. Et là, en quelques secondes, tout s’aligne. On vient de tomber sur Bosch — et sur la punchline la plus mémorable du salon.
Car c’est à ce moment précis que nous découvrons leur slogan phare : “The More You Bosch, The More You Feel Like a Bosch.” Une phrase simple, presque légère, mais qui dit tout. Elle est le cœur d’une campagne mondiale ambitieuse, pensée comme l’évolution de la plateforme #LikeABosch et développée avec l’agence Droga5. Pour la première fois, Bosch y réunit électroménager et outils électriques sous un même récit : celui du quotidien qui devient héroïque.
Plutôt que de simplement présenter des produits, la campagne projette des moments du quotidien dans un monde humoristique — une femme devient une super-héroïne en chargeant un lave-vaisselle ou un bricoleur se transforme en Macho Man grâce à ses outils.
Le lancement s’est fait en grand, avec le premier spot de Bosch au Super Bowl, mettant en scène Antonio Banderas aux côtés d’une figure inspirée de Macho Man Randy Savage, illustrant avec humour comment les produits Bosch donnent confiance, puissance et satisfaction à ceux qui les utilisent.
Le produit devient une expérience, et l’utilisateur incarne sa meilleure version — vraiment comme un Bosch :).
Editorial du 6 janvier
CES 2026, la fin des illusions
Après une première newsletter consacrée aux aux promesses du CES, cette deuxième édition marque un tournant.
Sur scène, plusieurs acteurs majeurs ont cessé de parler du futur pour parler du réel. Et ce glissement est loin d’être anodin.
Qu’il s’agisse de l’IA industrielle, de l’IA dite “générale” ou de la health tech, un même fil rouge s’impose : nous entrons dans une phase d’arbitrages concrets. Arbitrages entre modèles et infrastructures, entre innovation et transformation durable, entre confort et résolution des défis sociétaux.
Cette newsletter décrypte aussi ce que le CES 2026 dit — et ne dit pas — de la santé : une profusion d’innovations en matière de mesure, de monitoring et de longévité, mais encore peu de ruptures au cœur des traitements. Un progrès visible, parfois spectaculaire, mais qui interroge sur son impact réel.
Moins d’effets d’annonce, plus de contraintes assumées. Moins de “toujours plus”, plus de “mieux avec moins”.
Les conférences qu’il ne fallait pas manquer : Siemens, AMD (et Lego, for fun !)
Siemens : l’IA industrielle passe à l’âge adulte
Alors que la plupart des conférences du CES abordent l’IA sous l’angle des usages grand public, Siemens a livré l’un des messages les plus structurants pour les acteurs industriels. Son constat est simple et il était attendu depuis longtemps : l’IA ne transformera durablement le manufacturing que si elle est intégrée au cœur des processus industriels, et non ajoutée en surface.
Ce que Siemens a annoncé
1. Le jumeau numérique devient un outil opérationnel, pas un concept
Avec Digital Twin Composer, Siemens propose un outil permettant de créer des jumeaux numériques complets d’usines, de lignes de production ou de systèmes industriels, combinant :
· des données en temps réel,
· de la simulation,
· de la modélisation 3D,
· et de l’analyse par IA.
L’objectif est de tester, optimiser et arbitrer virtuellement avant d’investir physiquement, afin de réduire les coûts, les risques et les délais industriels.
2. Une “IA industrielle” intégrée de bout en bout
En partenariat avec NVIDIA, Siemens ambitionne de construire un Industrial AI Operating System : une plateforme unifiée couvrant la conception, la simulation, la production et la maintenance, avec de l’IA intégrée à chaque étape.
L’IA n’est plus un outil ponctuel d’analyse, mais un moteur continu d’optimisation industrielle.
3. Des copilotes IA directement dans les outils métiers
Siemens a également dévoilé des AI Copilots intégrés à ses logiciels industriels (PLM, production, qualité, maintenance). Ils permettent notamment :
· d’identifier plus tôt des erreurs de conception,
· d’accélérer la mise sur le marché,
· d’optimiser les réglages machines,
· de faciliter la conformité réglementaire.
L’IA devient un assistant opérationnel pour ingénieurs et opérateurs, pas seulement un outil réservé aux data scientists.
4. Des cas concrets, déjà en production
Plusieurs exemples industriels réels ont été présentés :
· PepsiCo, qui utilise les jumeaux numériques pour optimiser ses usines et entrepôts, avec des gains mesurables en coûts et en capacité.
· Des démonstrations d’automatisation robotique pilotée par simulation et IA pour la logistique et le conditionnement.
L’IA industrielle n’est plus expérimentale. Elle est déjà déployée.
Est-ce que cela va vraiment révolutionner l’industrie ?
Oui — mais pas de manière spectaculaire ou instantanée. La transformation portée par Siemens est progressive, structurelle et profondément industrielle.
Elle ne repose pas sur des modèles toujours plus grands, mais sur :
· la réduction des erreurs,
· une meilleure utilisation de l’énergie et des ressources,
· des décisions prises plus tôt et mieux informées,
· et la capacité à simuler avant d’investir.
En clair : l’IA industrielle décrite par Siemens ne promet pas des miracles, elle promet de faire mieux avec moins.
Pourquoi c’était une conférence à ne pas manquer
· Siemens rappelle que l’avenir de l’IA se joue aussi dans les usines, pas uniquement dans le cloud ou les chatbots — une forme de lucidité attendue depuis longtemps.
· Le CES 2026 confirme que le manufacturing entre dans une phase d’industrialisation de l’IA, comparable à celle de l’automatisation des décennies précédentes. Enfin !
· La valeur se déplace des démonstrations technologiques vers l’efficacité opérationnelle réelle.
AMD : le moment de lucidité de l’IA
Hier, dans notre newsletter, nous évoquions un basculement discret mais décisif : les nouveaux enjeux de l’IA ne sont plus seulement technologiques ou algorithmiques, mais industriels et financiers.
La question n’est plus uniquement de savoir si l’on peut entraîner des modèles toujours plus puissants, mais si l’on est capable de produire les hardwares nécessaires, de mobiliser les capitaux et de suivre le tempo imposé par cette course au calcul.
La conférence de Lisa Su, pour AMD, n’a pas pris la forme d’un discours critique ou théorique. Elle a choisi une autre voie, sans doute plus intéressante : celle de la lucidité.
Une IA qui redescend sur terre
Ce qui frappe dans cette keynote, ce n’est pas l’accumulation d’annonces spectaculaires, mais la manière dont elle entérine un changement de phase.
L’IA n’est plus présentée comme une abstraction logicielle extensible à l’infini. Elle est ramenée à ce qu’elle est réellement :
· une affaire de data centers,
· d’électricité,
· de refroidissement,
· de chaînes d’approvisionnement,
· et d’investissements massifs.
On peut accélérer un cycle logiciel en quelques mois. On ne « scale » pas une capacité énergétique, une usine de semi-conducteurs ou un financement d’infrastructure au même rythme.
Ce décalage, longtemps masqué par l’euphorie, devient désormais central.
Quand la contrainte devient le sujet
Le terme de yotta-scale computing est révélateur. Lisa Su l’a explicitement utilisé dans sa keynote pour qualifier l’ordre de grandeur inédit du calcul que l’IA est en train d’atteindre — 10²⁴ opérations. Ce choix de vocabulaire n’est pas anodin : il marque le passage d’une IA perçue comme essentiellement logicielle à une IA devenue infrastructure lourde. À cette échelle, les besoins de calcul mettent directement sous tension les réseaux, l’énergie et le capital. Autrement dit, tout ce qui est techniquement possible n’est pas nécessairement physiquement ni économiquement soutenable. Sans le formuler comme une mise en garde, la keynote en accepte clairement les termes : l’IA entre dans un monde de contraintes réelles.
L’infrastructure n’est plus un décor
Autre signal fort : l’infrastructure cesse d’être un simple décor technique pour devenir le sujet. Le data center n’est plus un arrière-plan invisible, mais un système à part entière, où se jouent l’efficacité énergétique, la densité de calcul, la gestion thermique et la réduction des pertes. À ce stade, les arbitrages clés pour l’avenir de l’IA ne se feront plus uniquement dans les modèles, mais dans la capacité très concrète à les déployer, les alimenter et les faire tenir dans le monde réel.
La vraie métrique : faire mieux avec moins
Un autre fil rouge traverse toute la conférence, sans être toujours formulé comme tel : la mesure de la performance par watt consommé.
Lisa Su n’emploie pas l’expression, mais elle en fait clairement un principe structurant de son discours. Pour AMD, la question n’est plus seulement « combien de puissance brute », mais combien de calcul utile pour chaque watt consommé, avec quelle stabilité et pour quels usages industriels réels.
Ce déplacement est clé : il traduit le passage d’une logique de démonstration technologique à une logique de déploiement durable. Dans un contexte de contraintes énergétiques, de coûts d’infrastructure et de tension sur les réseaux électriques, la performance par watt devient un critère stratégique, presque politique. Autrement dit, la valeur ne se mesure plus uniquement en téraflops, mais en capacité à faire tourner l’IA à grande échelle, sans faire exploser l’énergie, les coûts et l’infrastructure.
Ce que cette keynote dit vraiment du CES 2026
Cette conférence n’était pas une démonstration de force, mais un constat partagé : l’IA entre dans son âge industriel.
Un âge où :
· le hardware redevient central,
· l’énergie devient un facteur limitant,
· le capital conditionne la vitesse d’adoption,
· et l’infrastructure devient stratégique.
Elle résonne directement avec ce que nous écrivions hier : la bataille de l’IA ne se joue plus uniquement sur l’intelligence des modèles, mais sur la capacité collective à aligner technologie, industrie et financement.
Zoom sectoriel — Life sciences / HealthTech: longévité, détection… et angles morts systémiques
Chaque année, le CES promet un aperçu du futur. Et chaque année, côté santé, il raconte aussi une histoire très précise — parfois plus révélatrice par ce qu’elle ne montre pas que par ce qu’elle met en vitrine. L’édition 2026 ne fait pas exception. Elle met en lumière un paradoxe profond de la health tech contemporaine : nous savons détecter de mieux en mieux, mais nous peinons encore à changer en profondeur le destin des maladies les plus meurtrières — cancers, maladies cardiovasculaires, pathologies neurodégénératives.
Ce que montre la vitrine HealthTech du CES 2026
Dans les allées d’Eureka Park, le ton est clair : l’innovation visible se concentre avant tout sur la mesure, la détection précoce et la surveillance continue, bien plus que sur les traitements eux-mêmes.
1. Des constantes vitales… sans effort
Les consommateurs veulent des mesures continues, non invasives, quasi invisibles : pas de brassard, pas de piqûre, pas de rendez-vous. Tension artérielle sans brassard (Accurate Meditech, Charmcare, Withings), mesures sans contact via caméra (G1 Intelligent Technologies), bijoux connectés qui traquent toutes vos activités et vos fonctions vitales (Nirva) ou même via les ondes wifi avec Xenra.ai (!!), analyses d’urine directement embarquées dans la cuvette des WC, capteurs de glucose pour non-diabétiques… Certains de ces dispositifs ont déjà obtenu des enregistrements ou autorisations auprès de la Food and Drug Administration et sont donc d’ores et déjà distribués. Le message est clair : la mesure sort du cabinet médical et entre dans le quotidien (parfois avec des gadgets frisant le ridicule).
2. Entre médecine et bien-être, le flou s’installe
Ce qui relevait hier de dispositifs implantables ou de protocoles cliniques stricts arrive aujourd’hui sur Amazon, à moins de 300 dollars (Pulsetto, Vagustim, Sensate). Par exemple, la stimulation du nerf vague — clé dans la régulation du stress, du sommeil, de la digestion ou du rythme cardiaque — devient un produit de consommation courante. C’est un vrai changement d’échelle… et aussi un glissement subtil (ou serait ce une confusion ou un mélange des genres opportuniste ?) de la médecine vers le bien-être.
3. Les smart rings redessinent le marché des wearables
Discrètes, sans écran, portables en continu (car rechargeables à l’énergie solaire comme ZzzRing), les bagues connectées concentrent désormais des métriques avancées :
sommeil, variabilité cardiaque, parfois tension artérielle. L’objet s’efface. La donnée devient centrale. Le wearable n’est plus une fin en soi, mais un point d’entrée permanent vers le signal biologique. Son omniprésence au CES est flagrante, et chaque allée réserve son lot de ‘wearables’ connectés parfois farfelus.
Un marché foisonnant… mais très orienté
Quelques chiffres suffisent à poser le décor :
- plus de 500 exposants santé & bien-être,
- près de 75 % de nouveaux entrants,
- des centaines de startups en quête de financement.
Cela interroge : très peu d’innovations présentées transforment directement les traitements des pathologies les plus létales. Ce biais n’est ni un hasard, ni un échec du CES.
D’abord parce que le CES n’est pas la pharma. C’est historiquement un salon de technologies grand public. Les vraies ruptures thérapeutiques — médicaments, biothérapies, dispositifs invasifs — se jouent ailleurs : essais cliniques, congrès médicaux spécialisés, écosystème biotech.
Ensuite parce que l’équation économique est radicalement différente.
- Un wearable ou une plateforme IA : cycles courts, scalabilité rapide, modèles d’abonnement possibles.
- Une thérapie innovante : des années de R&D, des essais cliniques massifs, des risques réglementaires extrêmes. Le capital suit logiquement ce qui est plus “tech-friendly”.
Enfin, parce que la régulation y est plus accessible. Obtenir une validation pour un dispositif de mesure est sans commune mesure avec l’approbation d’une nouvelle molécule anticancéreuse.
Détecter plus tôt : utile, mais insuffisant Pour certaines pathologies — cardiovasculaires, certains cancers, diabète — la détection précoce est un levier puissant si : le signal est fiable, l’accès est massif, et surtout si elle débouche sur un parcours de soins effectif.
Les innovations mises en avant au CES vont clairement dans ce sens : elles abaissent le seuil d’alerte. Mais elles ne touchent pas, pour l’essentiel, le cœur du réacteur thérapeutique. Elles améliorent l’écosystème autour de la maladie — information, suivi, décision — sans inventer de nouveaux traitements de rupture.
Les angles morts à ne pas ignorer
Cette obsession de la détection pose aussi des questions de fond :
- Surdiagnostic et anxiété : plus de signaux, plus de faux positifs, plus de patients “à risque” sans solution claire.
- Inégalités d’accès : ces technologies s’adressent d’abord à des populations connectées et solvables, alors que les maladies les plus meurtrières frappent souvent les plus fragiles.
- Fragmentation du soin : sans intégration réelle au médecin, à l’hôpital, au système de santé, la donnée reste orpheline.
Le non-dit stratégique : la puissance de calcul
Beaucoup des ruptures thérapeutiques attendues — en oncologie, en neurosciences, en biologie — sont fondamentalement computation-intensives. Modéliser le vivant, ses interactions non linéaires, ses mécanismes profonds dépasse encore largement les capacités du calcul classique.
Le CES 2026 montre une health tech très performante en périphérie, mais encore contrainte au cœur. D’où cette impression d’attente silencieuse : et si certaines avancées majeures dépendaient moins de nouveaux capteurs… que d’un changement d’échelle radical de la puissance de calcul ?
Nous l’évoquions déjà hier dans notre première newsletter du CES 2026, avec les potentielles limitations des avancées de l’IA en raison des capacités hardware, la santé sera l’un des premiers secteurs concernés.
En conclusion Le CES 2026 raconte une histoire enthousiasmante pour la santé— mais partielle. Oui, la santé progresse grâce à la tech, surtout sur ses couches visibles : détection, monitoring, expérience patient. Le risque serait de se rassurer trop vite, en confondant progrès technologique et progrès vital. La vraie question, désormais, est stratégique : comment faire en sorte que cette puissance de détection et de suivi se traduise réellement par moins de morts, moins de complications, et une meilleure articulation avec la médecine de premier recours, l’hôpital et la recherche clinique ? C’est probablement là que se jouera le vrai futur de la health tech — bien au-delà des stands du CES.
Les insolites du jour
La conférence Lego
Pour sa toute première prise de parole au CES, LEGO a surpris en entrant sur un terrain historiquement réservé aux géants de la tech, tout en revendiquant une approche volontairement mesurée.
La marque a esquissé une vision où le jouet physique s’enrichit de briques dites “intelligentes”, intégrant capteurs et interactions, mais sans recourir à l’intelligence artificielle — un choix assumé dans un salon saturé de promesses IA.
Cette orientation soulève toutefois une tension fondamentale : LEGO a bâti son succès sur une créativité libre, où quelques briques suffisent à inventer des mondes sans contraintes. L’introduction d’éléments technologiques, souvent dépendants de sets spécifiques et d’usages prédéfinis, interroge sur leur réelle valeur ajoutée, tant pour les enfants, qui détournent naturellement les règles du jeu, que pour les adultes, désormais grands consommateurs de sets décoratifs.
Plus qu’une annonce produit, la conférence a donc posé une question stratégique : LEGO explore-t-il une innovation réellement au service du jeu, ou cède-t-il à la pression d’un écosystème technologique qui pousse même les acteurs les plus solides à justifier leur présence au CES ?
Le gigantisme du CES
Dès le jour 1, le CES 2026 impressionne par son échelle hors norme. Avec 142 000 à 150 000 visiteurs, venus de plus de 150 pays, et environ 242 000 m² d’espaces d’exposition, il joue clairement dans une autre catégorie.
À titre de comparaison, VivaTech rassemble un volume comparable de visiteurs, mais sur environ 55 000 m², tandis que le GITEX Dubai atteint près de 200 000 m². Le CES combine ainsi ampleur physique, diversité géographique et densité sectorielle, au point de ressembler moins à un salon qu’à une véritable mégapole mondiale de la tech. Ce gigantisme n’est pas anecdotique : il reflète l’importance économique et symbolique de ce qui se joue à Las Vegas, bien au-delà des simples annonces produit.
Editorial du 5 janvier
En route pour le CES 2026 : nouvelle année, nouveau contexte, nouveaux défis !
Mardi 6 janvier s’ouvre à Las Vegas l’édition 2026 du Consumer Electronics Show, rendez-vous mondial incontournable de la technologie, de l’innovation et — de plus en plus — des récits que les entreprises et les États construisent pour façonner l’avenir.
Cette année encore, les équipes de Forvis Mazars seront sur le terrain pour proposer une lecture multi-secteurs, multi-pays et multi-acteurs de l’événement. Notre ambition reste la même : aller au-delà des annonces pour décrypter ce que le CES dit réellement du monde qui se dessine. Décryptages, analyses croisées et mises en perspective vous permettront de vivre le CES comme si vous y étiez.
Car le CES n’est plus seulement un salon technologique. C’est un observatoire où se rencontrent innovations, stratégies industrielles, arbitrages politiques et rapports de force internationaux. Un lieu où l’on apprend souvent davantage en observant ce qui s’installe durablement que ce qui brille momentanément.
Un CES 2026 plus mature… et plus exigeant ?
Avant même l’ouverture officielle, plusieurs lignes de force émergent des annonces et pré-conférences organisées par la Consumer Technology Association. L’édition 2026 s’inscrit dans la continuité de 2025, mais dans un climat sensiblement différent.
L’intelligence artificielle reste omniprésente, mais le discours évolue. La question n’est plus de savoir qui fait de l’IA — tout le monde en fait — mais ce qu’elle change réellement, à quel coût et avec quels impacts économiques, énergétiques et organisationnels.
En parallèle, on observe un retour marqué des sujets industriels, énergétiques et hardware. Infrastructures, capteurs, automatisation, électronique et systèmes embarqués reprennent de la place dans un écosystème longtemps dominé par la couche logicielle. Ce rééquilibrage traduit une quête de robustesse, de performance opérationnelle et de souveraineté, dans un monde plus contraint où les infrastructures doivent désormais suivre le rythme des algorithmes.
Enfin, le CES 2026 s’ouvre dans un contexte géopolitique particulièrement tendu. La technologie n’a plus rien d’universel : elle est devenue un instrument de puissance, de différenciation — parfois de confrontation. Le ton attendu semble moins euphorique qu’auparavant, mais plus lucide, plus politique et plus ancré dans les réalités économiques.
Nous irons à la rencontre des délégations internationales pour décrypter leurs stratégies et vous en partager les enseignements.
Qu’en diront les délégations internationales ? Nous irons à leur rencontre pour mieux comprendre leurs enjeux et stratégies et vous en partager l’analyse.
Le CES 2026 abordera-t-il l’angle mort de l’IA ? le hardware et l’énergie comme nouveaux arbitres de l’innovation
Les pré-conférences du CES 2026 le confirment : l’IA avance à une vitesse spectaculaire. Mais derrière l’explosion des usages, une réalité s’impose. L’IA ne vit pas dans le cloud : elle vit dans des data centers, alimentés par de l’électricité, refroidis par des infrastructures physiques et soutenus par des investissements massifs. Ces fondations matérielles commencent désormais à dicter le tempo de l’innovation logicielle.
Chaque saut de performance accroît la pression sur les réseaux électriques et les chaînes d’approvisionnement. GPU, mémoires à très haut débit, refroidissement liquide : tout converge vers une même question, soulignée notamment par les analyses de l’Agence internationale de l’énergie. La demande énergétique liée aux data centers progresse plus vite que la capacité des infrastructures à s’adapter. Le débat se déplace : ce qui est techniquement possible est-il encore physiquement et économiquement soutenable ?
Cette tension est déjà visible sur le terrain. Projets de data centers retardés, délais de raccordement allongés, contraintes réglementaires renforcées. Contrairement au software, on ne “scale” pas un réseau électrique ou une centrale en quelques trimestres. Hardware, énergie et infrastructure deviennent ainsi des filtres structurants de la croissance de l’IA.
À cela s’ajoute une équation financière de plus en plus lourde. Les investissements nécessaires se chiffrent en milliers de milliards de dollars à l’échelle mondiale, avec des attentes de retour encore incertaines. L’IA transforme déjà les organisations, mais la création de valeur massive reste inégalement répartie. La promesse doit désormais rencontrer le réel.
Dans ce contexte, un mouvement de fond s’accélère : les géants de la tech cherchent à reprendre la main sur le hardware. Longtemps dépendants d’un écosystème dominé par NVIDIA et AMD, ils en perçoivent aujourd’hui les limites — rareté des composants, explosion des coûts, arbitrages énergétiques. Google, Amazon, Microsoft ou Apple illustrent chacun à leur manière cette volonté de maîtriser le calcul comme ressource stratégique.
C’est précisément ce que nous observerons de près au CES. Que diront les conférences NVIDIA et AMD ? Quel positionnement adopteront-ils face aux contraintes industrielles et énergétiques ? Quels récits tiendront les géants de la tech dans les salons privés du Venetian ?
La prochaine vague de création de valeur ne viendra pas seulement de modèles plus puissants, mais de ceux capables de faire mieux avec moins. Et c’est cette bascule - du possible vers le soutenable - que nous analyserons à l’issue du CES.
Le CES 2026, une nouvelle donne géopolitique ?
Au CES, la géopolitique ne se lit pas uniquement dans les discours. Elle s’observe dans l’espace. La répartition des halls, des zones et des pavillons raconte une vision du monde technologique — et des rapports de force qui le structurent.
Le LVCC concentre les enjeux systémiques : mobilité avancée, infrastructures critiques, IA d’entreprise, énergie, villes intelligentes. Des technologies lourdes, capitalistiques, qui exigent puissance de calcul, accès à l’énergie et capacité d’exécution. Leur centralité marque un tournant : l’innovation redevient stratégique, presque régalienne.
Le Venetian Expo et Eureka Park restent le cœur battant des startups et des écosystèmes nationaux. Les voisinages entre pavillons européens, asiatiques et nord-américains révèlent à la fois coopérations, chaînes de valeur partagées et rivalités assumées. La géographie du salon devient un langage stratégique.
C Space, enfin, s’impose comme le lieu où se fabrique le récit de l’innovation mondiale. Dans un monde fragmenté, maîtriser le narratif est devenu presque aussi crucial que maîtriser la technologie elle-même.
C’est dans ce contexte qu’apparaît en 2026 The Foundry, nouvel espace du CES dédié à la manufacturing, à la supply chain et à l’industrialisation, installé au Venetian Expo. Ici, pas de concepts, mais des capacités à produire, assembler et passer à l’échelle. The Foundry relie l’innovation amont d’Eureka Park à la puissance industrielle du LVCC.
Observer qui y investit, avec quels partenaires et quelles ambitions, est particulièrement révélateur. Certains affichent des stratégies claires de réindustrialisation. D’autres confirment leur dépendance industrielle. Cette asymétrie dessine déjà les rapports de force de demain.
Hâte d’y être et de vous confirmer ce qu’il s’y passe, comme si vous y étiez !
Les insolites du jour
✈️ 1) Le CES commence… dans l’avion
Dès le décollage, l’immersion est totale. Grâce à la connexion haut débit de Starlink (merci Elon Musk), nous savourons le confort du progrès technologique, et l’avion devient un hub volant : mails, messages, LinkedIn, WhatsApp… et certains tentent même les premiers deals. Quand tout l’écosystème tech, VC, grands groupes et médias est réuni dans quelques rangées, le networking commence bien avant Las Vegas. Le CES ne débute pas à l’atterrissage, il commence à 10 000 mètres d’altitude.
2) La conférence LEGO (ou pourquoi l’innovation est une affaire d’enfants avec un peu d’expérience)
Oui, LEGO prend la parole au CES — et ce n’est pas anodin. Depuis des années, le groupe est cité comme un modèle d’innovation durable : learning by doing, prototypage rapide, créativité structurée. Leur message est simple : l’innovation naît de l’expérimentation. Promis, on vous débriefe les annonces dès demain car c’est encore un peu Noël et peut être l’occasion de s’offrir un dernier cadeau !
☕ 3) Peu de sommeil, beaucoup d’endurance
Le CES, c’est un marathon déguisé en salon. Le matin, un run pour se décrasser et tenter de remettre le cerveau en ligne. La journée, des kilomètres de halls à parcourir — des milliers de mètres carrés, des dizaines de rendez-vous, des centaines de signaux à capter. Le soir, les side events, dîners, rencontres. Pour tenir ? Caféine, sucre, et discipline ! Le CES n’est pas qu’un événement tech : c’est un test d’endurance !
Et dès demain…
À partir de demain, nos récapitulatifs quotidiens décrypteront les premiers écarts entre attentes et réalité, les annonces structurantes, les signaux faibles observés sur le terrain et les grandes dynamiques sectorielles et géographiques à l’œuvre.
Vous recevrez nos récap ’quotidiens du 6 au 9 janvier pour suivre le CES au-delà du show, avec un regard analytique et comparatif.
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