Article | La RE2020 un tournant vert pour les acteurs de l'immobilier et de la construction

Mai 2024 | Venue remplacer la RT2012 et entrée en vigueur depuis janvier 2022, la RE2020 présente des objectifs constitutifs de sobriété énergétique et décarbonation de l’énergie pour atteindre une réduction significative de l’empreinte carbone du secteur du bâtiment, poids lourd des émissions de CO2 en France. Face à cette régulation, le secteur doit s’adapter et repenser ses processus, de la conception à l’exploitation du bâti.

1.     Le contexte économique

Alors que la conjoncture actuelle impose un ralentissement de l’activité du secteur de la construction et de la promotion immobilière (en 2023, baisse de 22% des ouvertures de chantiers de logements en comparaison aux valeurs de 2022, conséquence de la baisse de 38.9% des réservations de logements neufs entre le T1 2022 et le T1  20231), les parties prenantes de la chaine de production doivent également prendre en compte les réglementations encadrant la transition énergétique et environnementale des parcs immobiliers en France.

Le secteur du bâtiment étant responsable de 43% des consommations énergétiques françaises et générant 23% des émissions de gaz à effet de serre français2, le législateur est amené à renforcer ses mesures de contraintes réglementaires.

Par ailleurs, la nécessité de création de logements durables va dans le sens de la volonté des acquéreurs : dans une étude parue en 2021, 75% des répondants indiquaient avoir à cœur de disposer d’un habitat respectueux de l’environnement3.

2.     De la RT2012 à la RE2020

Mise en place en janvier 2013 par le ministère de la transition écologique et de la cohésion des territoires, la RT2012 avait pour objectif principal l’amélioration des consommations énergétiques des bâtiments neufs. Apparue en janvier 2022 la RE2020 conserve cette mission en la complétant d’une dimension visant à réguler l’impact environnemental global des constructions, en phase travaux et une fois livrées.

La RE2020 impose des valeurs maximales pour l’indice carbone de la construction et l’indice carbone de l’énergie. Ces deux indicateurs présentent des seuils diminuant progressivement jusqu’en 2031.

3.     Les objectifs de la RE2020

Le Ministère de la Transition Ecologique et de la Cohésion des Territoires présente 3 axes à suivre, boussole donc de la RE2020 :

  1. Un objectif de sobriété énergétique et une décarbonation de l’énergie
  2. Une diminution de l’impact carbone
  3. Une garantie de confort en cas de forte chaleur

A travers ces objectifs, les pouvoirs publics souhaitent encourager les modes de construction aux émissions de gaz faibles (réduction des émissions d’environ 45 MtCO2 pour atteindre 30 MtCO2 en 20304) et les matériaux aux pouvoirs d’absorption supérieurs, la décarbonisation des énergies consommées ou encore la performance thermique des bâtiments.

4.     L’impact de la réglementation pour les acteurs de la construction

Les nouvelles normes environnementales transforment les stratégies opérées sur l’ensemble de la chaîne de production allant des premières réflexions liées au projet à sa livraison, en passant par son mode de construction (matériaux utilisées, fournisseurs engagés, compétences des compagnons recherchées, …). Un marché aux exigences évolutives voit le jour, celui où l’empreinte carbone des promoteurs et leurs opérations devient une priorité majeure.

Dans un objectif de conformité à la réglementation et de réponse aux attentes des acquéreurs, le promoteur immobilier devrait donc adapter ses actions à tous les niveaux du projet, en phase de développement, de conception et de construction.

A l’échelle des matériaux de construction, l’inclusion de composants durables et bas carbone, qui ne sont aujourd’hui pas dans les standards, et l’optimisation du réemploi et du recyclage des composants du bâtiment sont mis en avant5.  Pour exemple, en ce qui concerne la structure, le bois ou la paille sont de mise. Pour ce qui est de l’isolation, le retour à des usages traditionnels avant l’avènement du pétrole comme l’utilisation de la fibre de bois, la laine de chanvre sont pertinents. Enfin, pour ce qui se rapporte aux finitions, la peinture à base d’amidon de maïs peut être une ressource envisagée.

Comme illustration de la transition vers des matériaux plus durables, le projet France Bois 2024 vise à accompagner les acteurs dans l’appropriation du bois. Le projet soutient l’utilisation de bois origine France dans la construction du village olympique et paralympique de Paris 2024 (celui-ci veille notamment au respect du cahier des charges du village, avec 30% de matière première issue des forêts françaises6).

Du point de vue énergétique, le chauffage par pompe à chaleur est favorisé (notamment par géothermie), tel que le chauffage à biomasse (granulés, bûche, pellets, bois déchiqueté, etc…).

D’autres leviers sont présentés, parmi lesquels l’optimisation et la rationalisation des surfaces ou la végétalisation des parcelles et des bâtis. L’«Architecture Frugale» 5, forme d’architecture visant à concevoir le bâti dans le sens de l’optimisation de sa performance énergétique, serait  également à privilégier afin d’encourager les économies d’énergies6.

L’usage du bâtiment est aussi amené à être repensé, en développant une culture de l’exploitation du bâti plus sobre, moins consommatrice de carbone, ou encore en démocratisant le multi-usage dans les bâtiments existants.

Par ailleurs, les objectifs portés par la RE2020 mettent en avant des formes d’opérations émergentes, dont les opérations de recyclage urbain ou de surélévation, elles même favorisant l’enjeu zéro artificialisation nette des sols, (« ZAN », Plan biodiversité 2050, objectif de réduire de moitié l’artificialisation des sols en 2030).

En somme, les anciennes pratiques laissent la place à des modes de constructions émergents, qui vont permettre le respect des normes RE2020 et la conception du parc immobilier de demain.

Conclusion 

La réglementation environnementale RE2020 traduit la réponse du pouvoir public face au besoin de décarbonisation et apparaît en phase avec les attentes des acquéreurs.

Elle s’inscrit dans une perspective à long terme, avec l’objectif du ZAN en 2030, ainsi que l’adaptation des procédures administratives liées à la construction (notamment au niveau des Plans Locaux d’Urbanisme, avec l’entrée en vigueur du PLU Bioclimatique parisien en 2023).

Face aux échéances de la RE2020, les acteurs du bâtiment et de la promotion immobilière doivent recentrer leurs priorités autours de la conception de bâtiments s’inscrivant dans le développement durable, en réduisant l’impact de leurs constructions et de leurs exploitations.

 

 

1 Ministère de la transition écologique et de la cohésion des territoires, 2024.

2Ministère de la transition écologique et de la cohésion des territoires, 2022.

3Baromètre Qualité-Ipsos, 2021.

4Ministère de la transition écologique et de la cohésion des territoires, « Accélérer la décarbonation du secteur du bâtiment », 2023.

5 Ministère de la Transition Écologique et de la Cohésion des Territoires, « Feuille de route décarbonation du cycle de vie du bâtiment », 2023.

6Ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté Alimentaires, « Jeux de Paris 2024 : médaille verte pour le bois », 2024.

 

Rédacteur : Claire MALET, Consultante & Clément BROCHARD, Consultant

Signataire : Marie OLIVIER, Senior Consultante & Anthony LE ROUZIC, Senior Manager

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